
demanda àM. Petit son chasseur pour faire un peu de
zoologie, et se mit en route. Deux jours après, un des
domestiques qui l’avaient accompagné revint nous dire
qu’il avait couru de grands dangers, et que l’aboune
avait voulu lui interdire le passage, mais que fort heureusement
il s’en était tiré. Le reste du trajet nous
donnait moins d’inquiétude pour notre compagnon,
et nous comptions que le zèle et l’intelligence de ses
gens sauraient le mener à bon port.
J’avais résolu de n’aller à la rencontre de l’aboune
que lorsqu’il serait rendu dans le district d’Yéha, qui
est une mouvance de Médami Alem, et, par conséquent,
dépendait de notre ami, l’alalca Kidona Mariana
: le lieu me paraissait propice pour faire mes
remontrances et récupérer mon bien. Je partis d’avance,
et passai deux jours à Yéha, chez l’alaka; le troisième,
un courrier vint annoncer que l’aboune avait franchi
les frontières du district, et nous nous portâmes au-
devant de lui, suivi d’un grand concours de peuple
et de tous les debieras de Médami Alem et des environs.
Chaque homme du peuple est muni de son
morceau de sel, prix indispensable de la bénédiction,
Les debteras se feraient un égal scrupule de frustrer
leur patriarche de sa redevance, et chacun d’eux a un
pain de froment à lui offrir, renfermé, en attendant,
dans le même sac où sont enveloppés le turban et
la toile blanche qu’il doit revêtir quelques moments
avant de venir en sa présence.
Au bout d’une heure de marche, nous aperçûmes,
dans la plaine de Mégara Tsameri, une espèce deban-.
gar à toit de feuillage, et, en arrière, une tente qu’à sa
forme on reconnaissait pour être égyptienne. Plusieurs
curieux s’étaient assis par terre autour de ce petit pavillon
improvisé, attendant l’escorte. Quant à nous,
la politesse et l’étiquette nous forçant à passer outre,
nous marchâmes encore pendant un quart d’heure, et
nous vîmes dans le lointain un groupe de gens à mules
conduit par un cavalier : au costume noir de quelques-
uns d’entre eux, et à leurs ombrelles de coton, il était
aisé de voir que ce groupe ne se composait pas seulement
d’Abyssins. Tout le monde, excepté moi,
mit pied à terre pour aborder les vénérés personnages
qui s’avancaient avec cette dignité qui semble naturelle
aux Orientaux, du jour où la fortune les favorise,
quelque bas que soit l’échelon social où elle va les chercher.
Avant que leur troupe fût à portée de nos salutations,
tous les debteras, tirant leurs habits blancs des
sacs, les avaient revêtus. Leur toilette achevée, ils présentaient
un spectacle imposant, dont un évêque même
d’Europe n’aurait pu qu’être flatté.
Bientôt parut l’aboune Salama, au milieu de quatre
prêtres coptes, entouré de ses interprètes et de quatre
eunuques, les seuls qui fussent chargés de le ramener
en "Abyssinie; car M. de Jacobis était allé conduire à
Naples les principaux personnages de l’ambassade, ce
qui expliquait sa médiation dans cette affaire, et dissipait
les doutes que j’avais conçus dans l’origine. Ces
eunuques ne me firent pas l’effet d’être grands amis
des Européens. Quant à l’aboune, loin de me montrer
la moindre inimitié, il prit immédiatement bon