
religion e st, pour ainsi d ire, sans culte, et ils
sont parfaitement ignorants du dogme.
Les Abyssins - Éthiopiens pratiquèrent longtemps
le judaïsme. Suivant leur chronique, ils
furent convertis à la religion chrétienne par un
Grec d’Alexandrie nommé Frumentius, qui fit
naufrage sur leurs côtes. Depuis lors, ce culte paraît
s’être répandu fort avant dans l’intérieur du
pays, ainsi que le témoignent quelques constructions
grecques et les églises troglodytes des Gallas,
situées à cent trente lieues des côtes.
Les Éthiopiens suivent à peu de chose près les
rites de l’Église copte schismatique d’Alexandrie,
d’où ils tirent aussi leurs évêques; mais leur
dogme n ’est pas absolument le même ; du moins,
grand nombre d’entre eux se sont déclarés en
dissidence. Tous, excepté ceux qui ont été en relation
avec les Européens, ne reconnaissent
qu’une nature dans le Christ, ce qui ne les empêche
pas d’admettre que le Christ est à la fois
parfaitement Dieu et parfaitement homme ; mais
ils se divisent,. à propos de sa naissance , en trois
sectes : la première s’appelle des Téowado ; elle
prétend que le Christ est né Dieu et homme en
même temps, et qu’il a pris une troisième naissance,
la naissance de grâce , par le baptême du
Jourdain. Comme on le voit, cette secte se rapprocherait
des Nestoriens, qui admettent que le
Christ est né avec la tache originelle. La deuxième
secte est celle des Kebat, qui supposent deux naissances
, dont l’une est divine et due à l’onction
du Saint-Esprit. La troisième secte est celle des
Karas; ils admettent aussi deux naissances, mais
avec cette distinction que ce n’est pas l’opération
du Saint-Esprit q u i, suivant eux, produisit à la
fois, dans le sein de la Vierge, la naissance divine
et la naissance humaine, mais bien la volonté
de Dieu se faisant homme.
Le dogme abyssin est enseigné dans les églises
par un corps de prêtres dont nous aurons bientôt
à parler. Il est fort peu d’Abyssins laïques qui en
soient solidement instruits. La théologie abyssine
a pourtant produit une quarantaine d’ouvrages
écrits avec assez de clarté et d’élégance.
C’est vers l’an 341 de notre ère que le christianisme
commença à se propager en Abyssinie;
l’hérésie de Dioscore s’y introduisit dans le vne siècle.
En 1560, les jésuites, venus à la suite des
Portugais, avaient fait, dans le royaume, deux
cent soixante mille catholiques. Les désordres
qu’amena cette énorme .propagande religieuse
forcèrent les jésuites à sortir du royaume, et un
edit proscrivit leur communion : trois j ours après
leur expulsion , on n ’aürait pas trouvé un catholique
dans toute l’Abyssinie. Ce fut là le signal du
bouleversement de l’État.
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