
§ II. — LA FAMILLE.
Mariage. — Communauté matrimoniale. — Divorce. — Droits
du mari. - Ceux de la femme. - Enfants. - Leur partage.
— Hérédité.
Si le corps politique est la clef de voûte de 1 e-
difice social, la famille en est la pierre d’assise.
Sanctuaire des idées morales, protection directe
de l’enfant, attachement de l’homme aux foyers,
premier modèle enfin de tous les gouvernements,
la famille est le plus actif des éléments sociaux. H
n’est donc pas étonnant qu’elle ressente les secousses
politiques, et que sa constitution s’en
altère profondément. Faisons à cet égard une
comparaison. Dans les troubles généraux de 1 e-
conomie, lorsque le coeur, pour ainsi dire, abdique
ses fonctions régulatrices, ne pourrait-on
pas croire que les affections locales qui tardent
peu à s’ensuivre sont des réactions puissantes de
la force vitale : enrayée, la vie hésite un instant,
p u is, désertant sa voie normale, va porter toute
son énergie sur une fonction secondaire, et de la
l’exubérance maladive de l’organe correspondant.
Or, la famille, dans l’oeuvre sociale, a pour
attribution d’amener le citoyen au point de rendre
à la société des services en retour desquels elle a
de justes droits à une protection et des garanties
efficaces : comme les intestins livrent le chyle au
coeur qui leur rend le sang vivifiant. Mais lorsque
cette relation n’existe pas, ou est détruite, lorsque
le pouvoir politique, qui est le régulateur central
d une société, loin de veiller à l’ordre général, devient
un sujet de désordre, la famille s’arroge, dans
l’intérêt de sa conservation, des droits exagérés
qui peu à peu la font dévier de son rôle, de son
caractère, et la mènent à sa ruine. L ’organe se congestionne,
se boursoufle, s’hypertrophie, ce qu
est une des maniérés de mourir.
On peut voir quelque chose d’analogue à cela
en Abyssinie. La famille, n ’ayant aucune protection
à attendre de la loi, puisqu’elle est sans vigueur,
de 1 Etat, puisqu’il est sans stabilité, a pris
elle-même les soins de sa suprême direction : c’est
elle, lorsqu’on attente à la vie d’un de ses membres,
qui fait justice. Le père a droit de vie et de
mort sur ses enfants, chose odieuse, mais qui
commande là le respect filial, chose nécessaire. La
oi, et surtout le père, règlent la succession ; mais
c est la force qui en décide. La famille est donc un
Etat dans l’État. Ce n’est pas tout : il y a encore
plusieurs familles dans la famille, celles des dif-
erents lits, qui ordinairement se haïssent et se
nuisent. Il résulte de tout cela qu’il y a trop de
famille en Abyssinie, c’est-à-dire qu’il n ’y en a
îentôt plus. Les hommes, comme les eaux, sui