
qu’on n’avait à cette époque, dans le public, qu’une
idée très-erronée de la question, ainsi qu’il arrive, du
reste, dans toute négociation diplomatique pendante.
Depuis lors le temps a fait voir en quoi consistait le
une maison de fête ; en y entrant, nous crûmes voir le royaume des
cieux. Dire le nombre des lumières, celui des sièges qui environnaient la
salle serait chose impossible. Plus de deux mille personnes y étaient
réunies, dont un grand nombre de femmes- Plusieurs étaient vêtues de
blanc ; leur cou ne pouvait se distinguer de la robe ; mais leurs lèvres
et leurs joues étaient colorées par un sang mobile qu’on voyait venir et
se retirer à travers leur peau, transparente comme leur âme; d’autres
étaient habillées en noir, et leurs robes sur leurs épaules semblaient
une fourrure de Guetsella1 sur une tunique blanche.
Lorsque tout le monde fut entré, plus de deux cents musiciens se mirent
à jouer avec un grand ensemble; il y avait des embelta (clarinettes),
des Icebaro (tambourins), des nagarits {timbales), des meleket (trompettes),
des mesenko (violons), des baganas (harpes), des tsenatsel
(triangles), des chamboko (flûtes), et beaucoup d’autres instruments
que nous ne connaissions pas. Tous regardaient en jouant un papier
écrit, et l’un d’eux battait la mesure comme chez nous l’alaka, quand
il règle la musique à l’église. Tout le monde écoutait dans le plus grand
silence. Cette musique s’appelle terrestre, mais elle appartient aux cieux.
Bientôt on leva un grand voile, et nous vîmes un beau jardin dans le
fond ; des deux côtés, de l’eau s’élevait en l’air et retombait en pluie ;
et puis c’étaient des femmes qui chantaient de la voix la plus pure, et
d’autres qui dansaient sans que leurs pieds semblassent toucher la terre.
Après quelques jours d’attente, nous fûmes enfin admis chez le Roi.
Après avoir franchi trois portes, on nous fit attendre dans une grande
salle, où plusieurs grands du pays attendaient comme nous. Lorsque
notre tour vint, on ouvrit une porte, et en même temps que nous entrions
avec un général qui nous servait d’introducteur, nous vîmes le
Roi s’avancer vers nous. Il fallut qu’on nous dît que c’était le Roi, car,
au lieu d’être assis sur un trône et de se montrer fier et orgueilleux, il
1 Panthère noire.
noeud véritable de la difficulté, c’est-à-dire qu’il ne
s’agissait pas de protester vainement contre le traité
de 1840, une fois qu’il a été accompli, mais bien de
à l’empêcher, alors qu’iln’était qu’en projet; et le temps
se tenait debout devant nous, et donnait le premier salut. Cependant, à
le voir de plus près, il laissait deviner son rang, et si sa modestie semblait
celle d’.un pieux cénobite, son regard annonçait le père d’un grand
peuple. Il nous demanda quel était le chef le plus puissant de notre
pays, si Oubié était dedjasmatche par la volonté de Ras-Ali, ou par son
droit seul. Nous répondîmes que l’un et l’autre n’avait de droit que par
la force; qu’il existait un empereur en titre, qui avait bien tout le droit,
mais sans force pour le soutenir. Sa Majesté reçut ensuite les cadeaux
d’Oubié; il prit en main la lance, et la considéra comme un ouvrage
digne de son attention. C’est que l’intention lui suffisait, et qu’il appréciait
l’hommage d’un roi obscur à celui qui égalait Salomon en puissance
et en richesse. Il nous congédia en nous disant d’attendre sa réponse...............................................................................................................
. . . Ato Tinthoin, notre ami, un parent d’Ato Théophilos, nous
a conduits dans un palais où l’on fait la monnaie d’or et d’argent. Il y
avait différents fourneaux, les uns pour l’or, les autres pour l’argent ;
d’un autre côté était une machine qui coupe les pièces de monnaie à leur
mesure ; nous en coupâmes nous-mêmes/ Une fois que ces morceaux
sont coupés, on les porte dans une balance, et si leur poids est trop fort,
on retranche ce qu’il y a de trop; de là on les porte dans une autre machine
qui imprime.
A un autre étage, nous yimes toutes les monnaies faites à tous les
règnes ; chacune est différente, et elles représentent les portraits de tous
les rois. Il y a aussi des médailles représentant tous les hommes distingués,
afin que leur mémoire ne meure pas comme leur chair. . . .
. . . J’ai vu tant de choses, que j’en suis comme ébloui. Le travail
de ces Français n’a vraiment pas de bornes......................................
Dans le mois de maslcaréme, le Roi nous fit appeler pour nous congédier.
Cette fois-ci, nous fûmes en compagnie du ministre de la guerre,