
dire l’entrée des églises; j’ai seulement voulu empêcher
qu’à l’avenir un prêtre qui ne fût pas de notre communion
vînt consacrer sur nos autels. Je désire vivre en
bonne harmonie avec les Européens ; mais je ne saurais
souffrir qu’ils s’immiscent dans notre gouvernement
religieux. » Je lui répondis qu’étant soldat, je n ’aurais
pas personnellement avec lui grand démêlé à cet égard ;
mais qu’il était dans l’erreur, s’il croyait à l’efficacité
de ses excommunications, aussi bien sur les missionnaires
que sur les schismatiques indigènes; et qu’enfin,
si ses tracasseries avaient pour but de faire sortir les
Européens d’Abyssinie, il ne réussirait p a s , parce
que ceux-ci avaient la protection et la parole d’Oubié,
et ne se souciaient nullement du reste.
Toute la personne de ce prêtre exprimait tant de
perfidie que, quoiqu’il eût été plus avisé d’en agir
autrement, je ne pouvais m’empêcher de répondre à
ses avances par la répulsion , à sa voix mielleuse,; par
une parole sèche et incrédule.
Le surlendemain, il transporta son siège dans une
maison située à deux milles d’Adoua, près du village
d’Addi Aboune, pour y attendre l’arrivée d’Oubié, qui
allait, disait-on, venir camper dans les environs ; et en
effet, depuis qu’il était question de marcher sur Gon-
dar, les troupes n’avaient cessé de se concentrer sur
Adoua.
Hadgy Rouzc , le prétendu frère de l’aboune, vint
nous voir. Il avait reçu quelques cadeaux d’un autre
voyageur français , et s’attendait sans doute à la même
générosité de notre part : en cela il fut complètement
déçu , ce qui nous valut une rancune dont plus tard
nous ressentîmes les effets.
Dans l’intervalle qui s’écoula jusqu’à l’arrivée d Ou-
bié , l’aboune alla dire la messe à Axoum, au milieu
d’une grande foule et de la plus nombreuse reunion
de Debteras qui pût se former en Abyssinie. On nous
rapporta que, dans les conférences qui avaient précédé
et suivi la célébration de l’office, le patriarche s était
révélé, aux yeux de son clergé, d’une ignorance scandaleuse.
Aux plus pressés d’avoir sa réponse sur certaines
questions délicates, il avait donné pour prétexte
qu’iL n’était pas encore assez versé dans la connaissance
de la langue abyssine ; mais alors s’étaient avancés plusieurs
Debteras qui parlaient arabe, et l’aboune n ayant
pu éludér ceux-ci comme les autres, avait été obligé
de les excommunier pour s’en débarrasser. On doit penser
quels murmurés s’en étaient suivis.
Le 6 décembre enfin, Oubié vint camper à Maye
Delata, dans le voisinage d’Adoua, et le lendemain
eut lieu sa visite de cérémonie à l’aboune. Je me joignis
à la population qui accourait de toutes parts pour assister
à l’entrevue. J’espérais pouvoir entrer dans la
maison épiscopale ; mais je ne pus même pas en approcher,
tant il y avait de monde. Toutefois, en me plaçant
sur une petite éminence, j ’aperçus l’orgueilleux
roi abyssin-suncliner devant le chef de l’Église. Celui-
ci ne dépassa pas le seuil, de manière que je ne pus
voir sa figure. Oubié pliant le genou, c’était là sans
doute un fait inouï pour ces Tigrééns, que son arrogance
avait humiliés tant de fois; mais , pour moi, c’eût été