
de se révolter. D un autre côté, le dedjaz Beurou s’apprêtait
à ravager le Beguémédeur. Le Ras se hâta donc
de retourner dans ses foyers et laissa Oubié, son plus
cruel ennemi, délivré de tous ses adversaires, au moins
dans le Sémiène. C est à ce point qu’en étaient arrivés
les événements, lorsque nous envoyâmes prier Aréa
de nous accorder sa protection. Marso venait de s’échapper
du couvent de Oualdeubba, et essayait de rassembler
une armée pour venir en aide à Tedalé Haïlo, un
des chefs jadis les plus dévoués à Oubié, et qui s’était
prononcé contre lui dans le Ouolkaïte. Voici les motifs
de cette rupture :
Prisonnier de Marso, Tedalé Haïlo avait fait prier
son maître de le racheter; mais Oubié, mécontent
de la conduite de ce chef à Debratabor, et trouvant
la rançon exagérée, répondit que la peau de ce fils de
mendiant ne valait pas la moitié de ce qu’on lui demandait.
Marso s’était montré plus généreux; il avait
relâché tous ses prisonniers, et s’en était fait autant de
partisans. Ce que voyant Oubié, il renvoya tous ses
anciens chefs, en leur disant : « J’ai été trop bon pour
vous, je vous ai gorgés de richesses; maintenant que
vous n avez plus besoin de moi, votre dévouement est
lâche. Allez-vous-en donc; il me faut, à l’heure-qu’il
est, des gens moins usés et dont la fortune soit à
faire. »
Notre envoyé à Balgada revint le \ 3 mars avec le
guide que nous avions demandé. Cet homme nous assura
que nous pouvions nous confier à lui pour nous
faire arriver dans 1 Agamé sans aucun péril. Nous nous
mîmes aussitôt en route, car tous nos préparatifs étaient
faits d’avance. En un jour nous fûmes à Assaye, où
nous restâmes jusqu’au 22. Les deux chefs du pays,
Ato Gocho et Ato Desta, nous firent mille politesses
et nous offrirent un guide pour la portion de pays où
ils avaient quelque influence. Nous fîmes cadeau d’un
sabre à chacun.
En quittant Assaye, nous marchâmes dans la direction
du district d’Enzate; comme nous passions auprès
d’un des villages qui couronnent ce plateau, la
population sortit armée pour s’opposer à notre passage.
Nous fûmes encore une fois obligés de nous retrancher
dans des décombres de maison, et notre guide
se mit à appeler à notre aide quelques villages voisins,
amis de son maître ; cette bonne contenance intimida
nos agresseurs , qui d’abord avaient compté sur un butin
certain et facile. En quelques minutes nous eûmes
presque une armée de notre côté. Pour qui n’a pas vu
un pays africain, il est inconcevable avec quelle
promptitude une masse d’hommes s’y rassemble, même
dans les endroits qui paraissent les plus déserts : on
dirait vraiment que cette population sort de dessous
terre.
Du moment qu’ilne s’agissait plus denouspiller, mais
bien d’un combat sérieux, on parlementa. Les Abyssins
ont certes la tête loin du bonnet, et dans toutes
discussions, ils n’en viennent aux coups qu’après avoir
épuisé inutilement tous les autres modes de transaction.
Quant a nous, voyant ces gens bien occupés à
aigrir encore tous leurs vieux levains de querelles,