
mourir : le soir de l’enterrement, vers sept heures,
presque toute la population se réunit à la porte de sa
maison, e t commença à chanter des la allah ilia allah
qui durèrent jusqu’au lever du soleil. Ces seules paroles
étaient accompagnées de contorsions qu’on interrompait
de temps en temps pour boire quelques tasses
de café.
11 y a quelque variété dans les moeurs de Messoah;
les habitants se divisent en trois classes
bien distinctes; d’abord les Arnaoutes, de race européenne;
ceux-ci passent leur vie dans les cafés à
boire et à fumer ; puis les négociants qui font caste à
part ; et enfin les Cbohos ou habitants de la terre ferme,
qui sont toujours en grand nombre dans l’île. On voit
ces derniers sortir le soir avec la chevelure bien nattée
et enduite d’une couche épaisse de beurre frais, dont la
couleur tranche vigoureusement sur leur peau noire : ils
se rendent en visite chez les dames de l’île qui les attendent,
elles aussi, dans leurs costumes les plus élégants.
Un singulier ornement de ces femmes est un
large anneau qu’elles se passent dans les cartilages du
nez; elles ont également de grandes boucles d’oreilles
auxquelles pendent des chaînettes en argent. Mais
leur parure la plus recherchée est un collier de se-
quins de Venise, qui donne une juste mesure de la
fortune de celle qui le porte ; car il constitue à peu
près tout son avoir, sauf un petit nombre de vêtements
et quelques cahuttes en paille.
Messoah, qui est la porte de l’Abyssinie, a un
commerce assez florissant. La plupart des barques
qui y viennent, arrivent de Djeddah ; elles apportent
des articles appropriés à l’Abyssinie, et prennent
en échange des esclaves et des denrées. Les deux bâtiments
qui font chaque année le voyage de Bombay
apportent du bois de construction, du sucre, du tabac,
du riz, des guinées, etc. Ils composent leur cargaison
de retour d’ivoire, de café, de musc, de gomme, etc.
Les ports de l’Yémen lui envoient aussi des fruits secs,
et Soakim y expédie du maïs et du sel, indirectement,
il est vrai, car les bâtiments chargés d’ivoire,
d’écaille, de plumes d’autruche et de quelques autres
articles précieux destinés à Moka, ne font que
s’arrêter à Messoah.
Les négociants de cette ville montrent beaucoup
d’habileté, et plusieurs d’entre eux sont fort riches.
Ils étendent leurs spéculations jusqu’aux pays gallas
les plus reculés ; mais ils gardent le secret de leurs
rapports dans ces localités avec la plus grande discrétion.
Il en est quelques-uns qui font construire des
barques pour porter à Djeddah des esclaves et les
denrées d’Abyssinie. Ils s’entendent fort bien à exploiter
leurs confrères abyssins, auxquels ils servent
de correspondants et en quelque sorte de cautions ; car
aucun Abyssin ne peut séjourner dans l’île sans avoir
un patronage parmi les négociants de la ville. On
donne à ces correspondants le nom de Nazil.
Le marché de Messoah se tient à deux moments de
la journée, le matin, avant la grande chaleur, et
l’après-midi, vers quatre heures. Dès la pointe du
jour un grand nombre de barques quittent la terre