
Les arts comme les sciences sont, en Abyssinie,
à l’état rudimentaire’, et aucune classe n’est spécialement
livrée à la culture des dispositions naturelles
, q u i, néanmoins, existent assez développées
chez ce peuplé. Il y a cependant certaines
gens que l’on nomme azmari, dont le métier et la
position offrent assez de ressemblance avec nos
anciens trouvères : ce sont les seuls artistes de
l’Abyssinie. Ils ont une danse particulière, qui
consiste à tourner sur eux-mêmes, en s’accompagnant
d’un mouvement de valse monotone, joué
sur la clarinette : tout le mérite de cette rotation
consiste à donner lieu à mille poses différentes.
On pourrait comparer cette danse à celle des
faunes.
La danse vulgaire du bas peuple est toute autre
chose : sans remuer les pieds, on lève alternativement
les deux épaules, on penche la tête et le
corps en arrière, en faisant dos à dos avec son
partner. Ce qu’il y a de plus original dans cette
danse, est un accompagnement qui consiste à faire
claquer la main sous l’aisselle, et à produire avec
la bouche un son qui ressemble à celui de la
vielle.
Du reste, les danseurs vont parfaitement en
mesure, ce qui témoigne, chez ce peuple, d’un
instinct musical que d’ailleurs j’ai vu se manifester
en maintes circonstances : ainsi les Abyssins
qui m avaient accompagné en France éprouvèrent
la plus vive émotion, lorsqu’ils entendirent, pour
la première fois, la musique religieuse.
La musique des Abyssins est monotone comme
celle des Indiens, desquels elle paraît leur être
venue; mais quand on est assez instruit dans leur
langage pour comprendre les paroles auxquelles
cette musique s’applique, on ne laisse pas d’y
trouver un certain charme. Pour en donner une
idee, j ai fait noter quelques airs avec la traduction
des paroles en regard. Les Abyssins ont une
dizaine d’instruments, qui sont : les timbales,
les tambourins, les violons à une corde, la clarinette,
la trompette (à bords évasés, comme celle
qu’on prête aux anges du jugement dernier), la
flûte roseau, la harpe de David, une espèce de
triangle, et enfin la cloche.
C est, avons-nous dit, dans la classe des azmari,
ces mendiants nomades, que se concentre tout
l’élément artistique de l’Abyssinie; les plus distingues
viennent du Ouolkaïte. Un azmari arrive
le soir à la porte d’une chaumière, et y demande
l’hospitalité en improvisant des versets à la louange
du maître de la maison : il y est reçu et choyé;
car ce serait une honte pour le maître de la
maison d’en agir autrement.
H y a deux especes d azmari, ceux qui forment,
en quelque sorte, la musique militaire, outre les