
sofa en soie. Ses principaux officiers se tenaient
respectueusement debout, rangés de chaque côté sur
deux lignes. Quelques personnages éminents, auxquels
leur rang donnait seul ce privilège, étaient assis sur
un tapis au pied du sofa : tous ces personnages
étaient vêtus de draperies d’une grande blancheur,
luxe auquel les Abyssins ne m’avaient pas jusque-là
accoutumé.
Au milieu de ce cérémonial, Oubié me fit l’effet
d’un roi indien ; son oeil relevé sur les coins, comme
il arrive dans la race indienne, révélait une grande
finesse, et une pensée qui semblait plonger dans les
coeurs. En public, ce regard était doué d’une fixité
remarquable : on m’a dit que c’était là un de ses principaux
moyens d’influence sur ceux qui l’entourent.
Parfois, mais rarement, j’ai vu depuis l’expression
de cet oeil s’adoucir dans l’intimité. Oubié a le front
large sans être bombé, le nez long et arqué et la
bouche grande; ses lèvres épaisses annoncent une
sensualité non moins développée que son intelligence ;
sa tête est volumineuse, quoique l’angle facial en soit
aigu. En résumé, son profil offre quelque analogie
avec celui qui nous est resté de Sésostris. Sa peàu
est d’un noir plus foncé que ne l’est communément
celle des gens de sa nation; il est petit, grêle et
chétif.
Oubié pouvait avoir alors une quarantaine d ’années,
et régnait en maître absolu depuis douze ans sur le
Tigré et le Semiène. En arrivant près de lui je le
saluai; il me répondit par un bonjour affable, et
me demanda ce que j ’étais venu faire dans son
pays.
— Le voir et m’instruire de vos usages, lui répondis
je.
— A quoi cela peut-il te servir? Le sol de ta contrée
est-il infertile? N’as-tu donc plus d’amis, que
tu viennes ainsi risquer ta vie sur une terre étrangère
?
— Mon pays est fertile, et ne le fût-il pas comme
le vôtre, je l’aimerais encore. Je ne manque pas d’amis
sur le coin de terre où je suis né; mais Dieu a donné
à l’homme le monde entier, ou plutôt la faculté de le
parcourir, et celle de devenir meilleur par l’observation
et l’expérience. Je suis donc venu visiter votre pays
dans ce but; voulez-vous y consentir?
— Volontiers; quand tu voudras un guide, je t’en
donnerai un. Cependant je t’engage à rester à Adoua
pendant la saison des pluies ; tu y recueilleras des
renseignements pour ton voyage, et tu te mettras au
fait des usages de notre pays. J’ai donné l’ordre à Ato
Ouessan de retourner chez lui; tu profiteras de son
escorte, et je te donne pour provisions de route une
vache et une corne d’hydromel. Va donc; tu reviendras
me voir plus tard, et lorsque probablement, ainsi
que tous les voyageurs que j ’ai vus, tu voudras visiter
Gondar.
Je remerciai Oubié du gracieux accueil qu’il venait
de me faire, et je retournai auprès d’Ato Ouessan que
je trouvai effectivement occupé à ses préparatifs de
départ. Les miens furent bientôt faits, et quelques