
nombre y resta fidèle, et resta dès lors dans cet
isolement et cette réprobation historique qui
ont généralement caractérisé le rôle des enfants
d Israël dans le monde entier. Les Juifs, qui
s’étaient concentrés dans le Semiène, ne reconnurent
pas 1 autorité du roi chrétien , et en nommèrent
un de leur religion. Une femme, descendant
de ces rois juifs, parvint à chasser plus tard
du trône d’Abyssinie la dynastie de la reine de
Saba, qui resta éloignée pendant plusieurs siècles.
Mais les Abyssins allaient bientôt avoir à combattre
un ennemi plus redoutable que les Juifs, et
même que ces gallas sans cesse renaissants qui
assiégeaient ses frontières ; l’islamisme se levait.
L’empire d’Abyssinie fut cependant le dernier
attaqué ; comme si les chefs maures eussent senti
toute l’importance et toute la difficulté de eette
conquête, ils ne commencèrent leurs agressions
qu alors que presque tous les pays environnants
furent soumis à leurs armes et convertis à leur foi.
Néanmoins la bravoure des Abyssins parvint à
contre-balancer toute la puissance musulmane, et
telle est 1 importance qu’acquirent ces guerres
désastreuses, que de leur époque seulement les
annales conservées dans* le pays prennent un caractère
authentique, et se débarrassent des puérilités
fort naturelles aux historiens que soutient
peu l’intérêt de leur sujet.
L’occupation des rois juifs avait donc duré
trois cents ans, s’il faut en croire les chroniques,
lorsque, par des circonstances qu’il est inutile de
narrer ici, Jean Amlac, descendant de Salomon,
remonta sur le trône de ses pères. Après plusieurs
règnes insignifiants, et d’une durée fort courte,
Amda Sion, célèbre chez les Abyssins, prit le
sceptre en 1312. Ce fut le premier de leurs princes
qui eut maille à partir avec les Maures du royaume
d Adal, le succès ayant accompagne ses armes, il fit
sentir aux Maures une verge de fer, et conquit
pour l’Abyssinie un siècle encore de tranquillité.
Un peu après le milieu du quinzième siècle, la puissance
musulmane se redressa et voulut cette fois
étreindre tellement bien son ennemi qu’il n ’eût
plus aucune chance de salut. L’Abyssinie eut à
souffrir de terribles représailles, mais se soutint
encore grande, forte, quelquefois victorieuse.
En 1528 , l’invasion du mahométan Gragne
vint lui porter un coup mortel et commencer la
débâcle de la monarchie.
Les habitants soutinrent contre les Turcs une
lutte désespérée ; ce ne fut qu’après avoir perdu
leurs plus belles provinces, et vu dévaster par le
fer et les flammes leurs monuments et leurs églises,
qu’ils se réfugièrent sur les escarpements
inaccessibles à la cavalerie. C’était alors l’époque
de toute la gloire des Portugais : leur renommée