
parvint jusqu aux oreilles des rois d’Abyssinie,
qui sollicitèrent leur appui contre les mahomé-
tans. Jean III, roi de Portugal, envoya Christophe
de Gama et quelques troupes, avec l’aide desquelles
les Abyssins livrèrent bataille à Gragne,
1g défirent et le tuerent. Cette victoire fit respirer
l’Éta t, mais ne le remit point des atteintes qu’il
avait reçues. Les gallas, qui s’étaient associés naturellement
à la guerre d’extermination de Gragne,
ne cessèrent pas, après sa mort, d’inquiéter les
frontières. D’ailleurs il est si rare qu’un pouvoir
n ’achète pas le secours des étrangers aux dépens
de sa propre intégrité! Les Portugais amenèrent à
leur suite les jésuites, qui enflammèrent le zèle
religieux des populations, et prêchèrent l’intolérance
: dès lors commencèrent les persécutions
contre les Juifs et d’interminables guerres civiles.
Au lieu de reprendre quelque activité, ce grand
commerce, fruit de la paix et la tolérance, s etei-
gnit tout à fait. Peu à peu l’autorité royale diminua
de toute l’importance accordée aux ras, ou
chefs d’armées, pendant les révoltes des vassaux de
la couronne. Longtemps encore, les rois gardèrent
l’ombre d’un pouvoir qu’entretenait le simulacre
du respect : mais à chaque règne ce pouvoir déclina,
jusqu’au jour où les ras usurpèrent de fait
la couronne dans la personne de l’un d’eux, Mi-
kaël : ce fut à l’époque du voyage de l’Anglais
Bruce. A partir de ce moment, le pays va se trouver
entièrement livré aux sanglantes disputes de
ces chefs militaires ; les Fois qu’ils feront et déferont
tour a tour, espèces de boucliers à leurs ambitions
individuelles, assisteront, sans pouvoir
meme protester, au démembrement du royaume.
Naguère déconsidérés, ces rois s’avilissent: ils
ont bientôt fini d’exister.
Le ras Mikaël, ce chef que Bruce nous a dépeint
avec tant de talent, joue un rôle tout particulier
dans cette course si déclive. Saisissant le
premier le véritable caractère de la désorganisation
qui s’opérait, il voulut lui imprimer l’énergie
dont elle manquait, et, en précipitant la chute
de 1 ancien trône, hâter l’avénement d’une nouvelle
dynastie, établie sur de plus fortes bases.
Ce grand homme fut vaincu par la longueur et
la difficulté de sa tâche, qu’il laissa encore beaucoup
trop lourde pour ses successeurs. Tant il
est vrai que chez les hommes politiques la volonté
de créer entraîne presque toujours la nécessite
préalable de détruire, et trop souvent toute
eur carnere suffit à peine pour cette première
partie de leur oeuvre^
Depuis Mikaël, l’Abyssinie a donc continué
entement sa période de décroissance; cet empire
que n avaient pu détruire les furieux efforts de
1 islamisme s’est vu fondre par l’action dissol-
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