
Européens faisaient si bon marché de leur existence,
et si c’était qu’ils ne fussent pas assujettis aux mêmes
dangers que les naturels. Sans nous inquiéter de
ces craintes exagérées, et bien persuadés que le péril
n’existait pas, dès lors que nous ne passions pas la nuit
sur les rives, nous descendîmes dès le lendemain, à
six heures, des hauteurs d’Adderbati. Nous marchâmes
encore un mille sans nous apercevoir d’aucun changement
dans la composition du terrain : c’étaient toujours
des schistes traversés par des quartz ; mais un
peu avant d’arriver dans la plaine, on rencontre une
série de collines hérissées de blocs énormes de roche
amphibolique alternant avec d’autres blocs granitiques à
grains fins, mais d’une nature bien distincte. A partir
de là , partout le terrain primitif se montre à la surface
du sol, et vers le milieu de la plaine, au passage
d’un ruisseau, dans qne gorge assez profonde, on retrouve
le schiste ardoisier en filons de 16 à 17 mètres
de puissance. Ce point domine le reste du terrain jusqu’au
fleuve, et il est entouré de granit à grains plus
ou moins fins, composé de quartz, de mica noir et de
feldspath à l’état de kaolin. A deux milles du fleuve
ce granit entre en décomposition.
Nous suivions un chemin pratiqué à travers un
taillis épais, formé de divers arbustes et de quelques
grands arbres ; mais ces derniers ne deviennent véritablement
nombreux qu’aux abords du fleuve, et on
distingue dans le nombre le tamarin, le besenna et le
sycomore. Quelques-uns atteignent de 14 à 18 mètres
de hauteur et de 1 mètre '|, à 2 mètres de diamètre.
On y voit aussi le gigantesque baobab dont les branches
couvrent d’énormes espaces de terrain, l’acacia à fleurs
violettes, et enfin des câpriers variés.Ces touffes s’élevaient
au milieu de grandes herbes qui avaient alors
2 mètres de hauteur, et qui, à leur plein développement,
atteignent jusqu’à 3 mètres. Elles ferment alors le passage
à tout autre animal que l’éléphant, qui les brise
dans la rapidité de sa course.
Au point où nous abordâmes la rivière , elle coulait
sur un lit de granit a gros grains où le feldspath était
dominant et se présentait en cristaux cubiques mêlés
de quartz et de paillettes de mica noir. Quelques filons
verdâtres annonçaient aussi la présence des pyrites de
cuivre. Les cailloux roulés étaient des débris de roche
primitive granitique, depétrosilex, et d’argile mêlée
avec du fer en poudre, comme celui que nous avions
trouvé dans le Kororo. Le sable est un mélange de silice
et de mica noir.
Le courant avait une vitesse moyenne de deux milles
et se dirigeait dans cet endroit à l’E. S. E. La largeur
du lit variait de 15 à 20 mètres ; sa profondeur moyenne
était de 60 centimètres.
Après cinq heures de station, les hommes que nous
avions envoyés à la pêche, à la chasse et à la recherche
des plantes, revinrent sans grand butin. La pêche avait
donné une espèce très-connue en Egypte sous le nom
de harmout1 : l’un des individus avait une coudée de
long. Le résultat botanique était nécessairement plus
1 Orobranche.