
il vivait du fruit de ses excursions chez lesTaltals,
qui sont les ennemis-nés des Abyssins. Ayant su
que je me rendais à Antalo par Atebidera, il m’engagea
à prendre de préférence la route de Denguellet,
qui était plus courte, et se chargea de me fournir un
guide. Nous nous quittâmes fort bons amis. En partant
de là, je passai par une gorge étroite qui conduisait
à l’amba du cbalaka : la route était bordée
d’oliviers, de genévriers, et de plantes nommées
taddo, employées pour faire fermenter l’hydromel. Le
terrain présentait des blocs énormes de quartz répandus
parmi des grès et des schistes argileux. L’extrémité
du défilé nous menait au pays de Denguellet, et il ne me
restait plus que quelques collines à passer pour arriver
aux vastes plaines de l’Enderta.
Je fis arrêter mon monde au défilé de Dongollo pour
déjeuner sous une grotte couronnée de jasmins. .Nous
étions auprès d’une colline élevée d’une vingtaine de mètres
: une église a été taillée dans la roche qui la compose,
et les habitants du pays prétendent que c’est Dieu qui l’a
faite. Ce travail, est en effet au-dessus de l’intelligence
des Abyssins; car il passerait pour difficile chez des
Européens. Aussi cette église, qui s’appelle Mariam
Corou, a-t-elle le don des miracles. J’en dressai le
plan (que l’on peut voir dans la partie archéologique).
Ayant passé la rivière Guenfel, qui sort de ce défilé,
nous entrâmes dans la plaine d’Aouza'. Au milieu
d’excellents pâturages, je vis des bestiaux d’une nature
plus forte que ceux du bas Tigré, et les grandes cornes
de quelques-uns prouvaient qu’ils avaient été croisés
avec les taureaux taltals, remarquables à la fois par la
vigueur de leurs muscles et la taille démesurée de leurs
cornes, qui va jusqu’à 2 mètres de longueur sur 0,15
de diamètre. J’arrivai vers le soir à Aouza, petite ville
auprès de laquelle la rivière Guenfel forme une cascade,
et tombe dans une vallée dont les flancs laissent à
nu des roches calcaires où l’on trouve de nombreux
fossiles appartenant au terrain jurassique.
La population d’Aouza est d’environ 1 200 âmes.
Les maisons sout à terrasses, au lieu d etre coniques et
recouvertes en paille comme il arrive le plus souvent
en Abyssinie. Les murailles ont cela de.particulier
qu elles sont rectangulaires et non cylindriques;
elles ont aussi une plus grande régularité que
partout ailleurs, à cause de la nature des pierres qui
servent à bâtir. Celles-ci proviennent des couches calcaires,
qui se séparent naturellement en strates d un
décimètre d’épaisseur, et forment des pierres toutes
taillées, qu’il suffit de poser les unes sur les autres.
A huit kilomètres au sud d’Aouza, on trouve la rivière
Agoula, qui sépare le plateau de Tera de celui du
Ouomberta. Dans la vallée j’aperçus cinqTaltals embusqués,
armés de lances et de boucliers. J envoyai aussitôt
deux fusiliers leur donner la chasse; mais ils n eurent
même pas besoin de faire usage de leurs armes, car
leur aspect seul suffit pour mettre l’ennemi en fuite.
Quelques moments après, nous fîmes une rencontre
plus pacifique : c’était un grand nombre de marchands
conduisant des ânes et quelques chameaux
chargés de sel, ce qui nous annonçait le voisinage des