
elle a en outre une rangée d’arcades, fermée par des
grilles en bois artistement travaillées, quelques-unes
dans le genre moresque et d’autres dans le genre européen.
On prétend dans le pays que c’est un Franc
qui en a été l’architecte. Le parc qui entoure l’église a
deux rangées de genévriers et d’oliviers ; un ruisseau
roulant sur de petits cailloux siliceux y fait un
léger bruit qui ressemble au murmure d’une prière,
et ajoute encore au recueillement inspiré par le silence
profond qui règne partout ailleurs. La seconde
église était, dans le principe, le palais duras Ouelda
Sallassé ; c est un bâtiment rectangulaire qui a les
dimensions d u n e église de village en Europe, et
lui ressemble assez pour la construction. Mais, ce
qu’il y a ici d’extrêmement remarquable, ce sont
des fresques faites sur une muraille préalablement
recouverte d’un enduit argileux : si le dessin en est
aussi grossier que tous ceux qu’on trouve en Abyssinie,
cette peinture se distingue, non-seulement par
une grande justesse dans les tons et une habile
dégradation des teintes, mais encore par la manière
dont elle s’est conservée; car, après trente
années d’existence, et lorsque la muraille est sur le
point de s’écrouler, elle est aussi fraîche que si elle
venait d’être achevée. Quant aux sujets, ce sont toujours
l’éternel saint Georges au dragon et l’archange
Gabriel terrassant le démon. Je remarquai cependant
une bataille , dans laquelle le ras est représenté
à cheval; mais les soldats, loin d’avoir été fai té
sur nature et avec le costume abyssin, paraissent
être copiés d’après les reliefs égyptiens; c’est absolument
le même dessin et la même manière de
grouper.
Au temps du ras, la population de Tchéleukot
était considérable ; mais aujourd’hui elle a bien diminué
, et ne dépasse pas trois mille âmes. Cette ville
est au nombre des guédam , ou villes asiles.
Dans la journée que je passai à Tcheleukot, un
homme envoyé par M. Yignaud vint m apporter mon
théodolithe et un paquet de lettres du consulat de
France au Caire qui m’annonçaient l’arrivée de mon
argent.
La lettre de M. Vignaud qui accompagnait cet envoi
m’apprenait la triste nouvelle de la mort de M. Rouget,
des suites d’une dyssenterie dont il souffrait beaucoup
lors de mon passage à Entitcho ; et enfin, pour
comble de désastre, mon compagnon ne me cachait
pas que Schaffner, que j’avais laissé chez MM. Galinier
et Ferret, atteint précisément de la même maladie, ne
laissait plus que fort peu d’espoir.
Ces déplorables circonstances m’engagèrent à revenir
précipitamment à Adoua. Je quittai Tchéleukot au
moment même, et ne fis halte qu à Derba, petite
ville située sur un mamelon élevé qui domine une
grande plaine s’étendant vers 1 ouest jusqu au Tem-
bène. De là, à l’est n o rd-est, je gagnai le plateau
d’Atebidera. Je fus bientôt à peu de distance d’Aouza;
mais cette fois, la laissant à gauche, je vins passer la
nuit dans un village musulman, où l’on ne me reçut
qu’avec difficulté.