
§ III. — L’INDIVIDU.
Races. — Observations générales cranologiques. — Caractère
et moeurs des Abyssins. — Dévotion. ^ Superstition. — Relations
sociales. — Hommes et femmes. — Classes (délimitation
des classes). — Circoncision — Jeux et d a n s e s .—
Musique. — Poésie. — Peinture. — Spectacles. — Sciences.
— Annales. — Traditions. — Calendrier. — Division du
temps. — Médecine.
Il existe de grandes dissemblances de physionomie
chez les Abyssins, ce qui rend difficile d’établir
des caractères généraux. Nous allons cependant
nous efforcer de donner les types principaux
qui semblent appartenir à des localités particulières,
devenues, à diverses époques, centres de civilisation.
Nous croyons que ces foyers, où vint successivement
se concentrer le mouvement civilisateur, sont
au nombre de trois, et, s’il faut en juger par les
monuments, ce serait Axoum le plus ancien ; car
les obélisques que l’on y trouve sont d’une époque
plus reculée que les établissements grecs qui se
formèrent à l’époque de Ptolémée Evergète. Ce
n’est qu’au commencement du christianisme que
les arts et l’industrie, conjointement avec lapuissance
gouvernementale, paraissent devoir s’être
portés vers le sud, dans la province du Lasta; les
admirables églises taillées dans le roc, que le missionnaire
Alvarez compare aux plus beaux monuments
de ce genre que nous ayons en Europe,
supposent déjà un degré de civilisation assez
élevé. Enfin le troisième foyer s’établit dans le
Choa.
A l’époque de la décadence, dans les premiers
temps de la lutte terrible du royaume contre les
conquérants Gallas, Gondar en devint la capitale.
C’est de cette dernière époque que date la venue
des Portugais en Abyssinie.
Les populations qui, par la conformité de leur
langage avec la langue guize (celle des plus anciennes
inscriptions), paraissent provenir de la
première phase de la civilisation, habitent les provinces
de l’Amacène ; elles sont distinguées par
une tête longue et remarquablement étroite pour
une race noire ; le nez est long et recourbé, les
lèvres peu épaisses ; leurs yeux, vifs et taillés
comme ceux des Arabes, sont souvent enfoncés
dans l’orbite : le front est proéminent et ne manque
pas d’ampleur, les pommettes de la face sont
saillantes, le col étroit ; enfin toutes les parties
du corps sont bien proportionnées.
Les habitants du Lasta, issus de la deuxième
civilisation, ont la tête petite, mais bien faite; le