
Si l’Abyssinie n’a fait aucun progrès, ceci résulte
avant tout de sa position isolée, de l’absence
complète de rapports avec des nations qui lui
fussent supérieures en civilisation; car il n’y avait
aucun peuple de son entourage q u i, par le fait,
ne la séquestrât du monde entier ; c’est au point
qu’avant Alvarez et les Portugais, 011 chercherait
vainement la moindre trace de relations directes
de l’Abyssinie avec aucune des nations européennes
modernes.
On a vu dans quel danger les T urcs avaient placé
les Abyssins; les Turcs n’ont pourtant pas été
pour eux les ennemis les plus nuisibles et les plus
redoutables. Les hordes barbares des Gallas ont
rongé peu à peu les trois quarts de l’empire,
comme les vagues qui creusent un rocher, toujours
repoussées, mais sans cesse renaissantes.
L ’Abyssinie, quelque florissante qu’elle pût être,
serait toujours exposée à une éruption de Gallas:
car, quoi de mieux comparable aux cendres du
cratère que ces barbares qui étouffent une civilisation
au point d’en cacher même les vestiges !
Enfin la ruine du grand commerce des Ethiopiens
est plutôt un effet qu’une cause de leur décadence
, mais un effet dont la réaction a été
immense; car si l’on veut sonder les ressorts
économiques delà longue prospérité de ce peuple,
il serait impossible de les trouver autre part que
daus le grand développement qu’avait pris son
commerce, dans l’accès libre et facile de son territoire
pour toutes les nations qu’y conviait la richesse
du sol. Du jour, en effet, où par une intolérance,
fruit d’une lutte acharnée, les Abyssins
voulurent chasser les gens entre les mains desquels
se trouvait la partie essentielle de leur commerce ;
de ce jour-là, malgré les succès passagers de leurs
armes, il ne leur fut plus possible de se relever.
Toutes ces circonstances sont bien venues corroborer
la déchéance politique, mais répétons-le
encore, la cause essentielle est dans la faiblesse
organique, ou dans cette difficulté qu’éprouve
tout gouvernement absolu à mettre un frein aux
agitations d’une noblesse féodale ambitieuse, entreprenante
et dissolue; difficulté qui, à deux
reprises, n’a été vaincue en France qu’avec la
triple association du génie, de la puissance, et
d’une manoeuvre politique qui pouvait avoir toute
l’Europe pour théâtre.
Tel est un aperçu sommaire des faits qui nous
semblent avoir présidé à la chute de ce grand
empire. De plus grands développements dépasseraient
les limites naturelles de cette introduction
, et nous forceraient d’ailleurs d’empiéter sur
le cadre purement historique, ce que nous nous
sommes interdit.
S’il nous fallait résumer en peu de mots les