
en attendant que l’on pourvût à notre dîner. A cet
effet notre guide prit les devants pour requérir des
vivres au nom d’Oubié, et nous ne tardâmes pas a le
voir revenir avec une chèvre, du pain et du lait.
Nous récompensâmes la bonne volonté des habitants
par un léger cadeau, bien qu’ils eussent certainement
plutôt obéi à la volonté expresse d’Oubié, dont
notre guide avait reçu les instructions formelles, qu à
leur instinct hospitalier. Le soir venu, nous allumâmes
nos feux, et, sauf les cris de quelques hyènes, rien
ne vint troubler notre sommeil.
Le lendemain, nous prîmes la direction du nord-
est, laissant à notre gauche le bassin de Yeha, et nous
vînmes faire notre deuxième station au district de
Ouahabit, pays musulman dont les habitants nous refusèrent
net l’hospitalité. Nos ambassadeurs en furent
indignés et dépêchèrent aussitôt cet Adgo, dont j ’ai
déjà parlé, et qui nous avait suivis, pour s’en plaindre
à leur maître; ce que voyant, les habitants chantèrent
une tout autre gamme, et vinrent, dès le lendemain
matin, se prosterner à nos pieds avec une pierre sur
le cou, signe profond d’humilité et de repentir. Ils
nous promirent des festins de Gamache, si nous voulions
seulement envoyer après notre messager pour le
faire rétrograder; mais il était trop tard : celui-ci revint
le jour suivant, porteur d’un ordre d’Oubié enjoignant
aux habitants de Ouahabit de nous fournir,
outre les provisions strictement exigibles, une vache
et du miel. L’avarice des paysans abyssins prit alors
le dessus et nous suscita des difficultés qui ne furent
résolues que fort avant dans la journée, ce qui nous
obligea à passer une nuit de plus à Ouahabit.
Après avoir traversé un pays inculte, montagneux,
où serpente le ruisseau Ongouaye, qui se jette dans le
Mareb, nous gravîmes une haute chaîne qui nous conduisit
au district d’Eguela, où nous passâmes la nuit.
Le lendemain, après avoir "tour à tour monté et descendu
, nous vînmes camper près de la rivière de Bêlasse,
qui était alors presque à sec. Le village de Loggote
nous envoya du la it, du beurre, du miel, une chèvre,
et nous tuâmes la vache que les habitants de Ouahabit
nous avaient donnée. Les Abyssins, suivant leur coutume,
la dépeçèrent en morceaux, qui furent étalés sur
la peau de l’animal dans leur ordre d’importance; puis
celui de nos domestiques qui remplissait les fonctions
de maître d’hôtel vérifia s’il ne manquait aucune
pièce, et, après avoir pris ce qu’il jugeait convenable
pour nous, livra le reste aux porteurs, qui se jetèrent
dessus, et mangèrent cette viande crue avec une voracité
qui me fit lever le coeur.
La plaine de Belasse est d’un terrain léger où l’on
ne sème guère qu’une espèce de pois appelée chim-
bera; les acacias épineux s’y montrent en grand
nombre. Cette plaine est aussi renommée pour les
bêtes féroces.
Notre halte suivante fut à la rivière de Tserana, dans
un endroit plein de verdure et d’ombrage. Derrière
nous se trouvaient des maïs encore debout ; aussi avait-
on élevé, au milieu des champs, une espèce d’amphithéâtre,
du haut duquel un homme, armé d’une