
côté droit, existait un petit mamelon, comme gangrené, sec, noir à sa
surface, très-sensible au toucher, c’était l’urètre; en haut et en bas,
dans les deux angles on voyait se continuer l’ancienne cicatrice, qui
s’étendait depuis l’anus jusqu’au-dessus de la symphyse.
Le deuxième était un enfant d’une douzaine d’années, mutilé de même
par les Gallas; ils l’avaient ensuite vendu à Gondar, à des musulmans
qui le conduisaient à Messoa, pour le revendre. Les Gallas mutilent
ainsi des enfants dans ce but; ils opèrent, du reste, delà même manière
que les Abyssins ; saisissant d’une main la verge et les bourses, ils
coupent de l’autre toutes ces parties avec un couteau ou un rasoir, et
n’emploient aucun traitement. Probablement, ici, l’instrument en sciant
plutôt qu’en coupant les tissus, suffit pour s’opposer à l’hémorragie par
la mâchure produite sur les artères, dont l’effet est analogue à celui de
la torsion. Nous avons vu du reste plus haut, dans les cas d’amputation,
que la simple application des parois de l’artère l’une contre l’autre, par
une ligature très-serrée autour du membre, produit le même résultat.
L’enfant dont je parle, mutilé ainsi depuis un an, présentait une cicatrice
parfaite et sinueuse à la place des bourses, et sur le pubis il restait
seulement encore une petite plaie grande comme une pièces de 25 centimes
à la place de l’urètre, et le rétrécissement trop grand de cette partie, en
gênant l’excrétion de l’urine, qui ne se faisait que goutte à goutte ou par
suintement, causait au malade, quand je le vis, d’atroces douleurs. Il
était un peu amaigri, mais, à part cela, sa santé générale n’était pas
profondément altérée.
J’ai eu aussi, par cela même que l’opération est commune, l’occasion
d’en observer les suites chez les sujets mutilés depuis longtemps, et de
comparer les changements opérés dans leur économie avec ce que disent
les auteurs, et ce que l’on observe en Europe dans le cas d’ablation des
testicules ou d’excision de la verge. Or, sous ce rapport, je n’ai pas tout
à fait, trouvé les mêmes résultats que ceux indiqués. Il faut d’ailleurs
distinguer deux classes de teoaaches ou castrats, car les phénomènes sont
bien différents dans chacune d’elles : la première comprend ceux chez
lesquels la mutilation a été faite avant la puberté et surtout dans l’enfance
; la deuxième ceux qui n’ont été ainsi mutilés qu’après cette époque
soit à la guerre, soit par vengeance. Les uns présentent dans leur économie
tous les changements signalés, tels que l’altération de la voix, le
développement des mamelles, l’arrondissement des formes, la face efféminée,
l’absence de la barbe,-etc. Les autres, au contraire, restent, à de
très-légères modifications près, ce qu’ils étaient avant : la voix est celle
de l’homme, la barbe continue à pousser, et surtout, ce qui est remarquable,
le moral ne souffre aucune altération. Je puis citer plusieurs faits
à l’appui, et surtout comme un des plus remarquables, celui du gouverneur
même d’Adoua, mutilé ainsi par vengeance il y a huit ans. Il n’en
continua pas moins d’être un des plus braves soldats à la guerre, un des
plus intelligents et des plus sages au conseil, et de remplir les fonctions de
sa place sans faiblesse et sans rien qui indique au physique ou au moral
une transformation aussi grave dans son économie. Ajoutons à cela que
sur lui l’opération fut faite de nuit, après qu’il eut été roué de coups de
bâton, puis jeté dehors sur là route où il resta jusqu’au matin sans aucun
secours ; et l’on sera aussi surpris du peu de changement survenu dans
son organisation que de la guérison qui eut lieu sans hémorragie et sans
aucun des accidents si difficiles à éviter, même avec-toutes les ressources
de l’art, et entre autres la perfection des pansements.
Enfin, un second fait non moins curieux, surtout parce qu’il sert aussi
de preuve de la facilité avec laquelle les plus grandes plaies se guérissent,
c’est celui d’un autre guerrier. Dans la même bataille, il reçut deux
coups de sabre qui lui fendirent le crâne dans une étendue de six à huit
pouces, un coup de lance qui traversa de part en part le moignon de
l’épaule ; il fut en outre couvert de contusions ; de plus châtré et abandonné
ainsi sur la place. Cet homme n’en a pas moins guéri, et aujourd’hui
encore il est fort, vigoureux ; le mouvement de l’épaule n’est presque
pas gêné, et il est encore compté parmi les jaguenahs, ou guerriers.
Je vous adresserai, dans ma première lettre, la suite des observations
chirurgicales que je vous soumets aujourd’hui.
Note B.
Remarques sur les maladies de l’Arabie en général et la plaie
de l’Yémen en particulier, par le docteur Antoine Petit.
Parmi les maladies de l’Arabie, il en est quelques-unes de particulières
à, cette contrée et d’autres qui appartiennent également aux pays
chauds.
Au nombre de ces dernières, il faut signaler d’après leur ordre de fré