
fort peu, et n’en tirent qu’un faible parti. Habiles à
manier la lance et à parer les coups avec le bouclier,
le combat à l’arme blanche n’est pour eux qu’un jeu;
mais ils s’enfuient tout aussitôt devant le feu de la
mousqueterie.
Dans leurs combats ils se divisent en plusieurs corps
pour chercher à envelopper l’ennemi, et leur attaque
est toujours impétueuse; mais une fois repoussés, ils ne
savent plus se rallier, et leur retraite est toujours une
déroute.
Dans leur société, les Gallas ont fort peu de lois, et
le chef qu’ils élisent pour commander une ville n’a
d’autre droit que celui de lever l’impot sur les caravanes
et celui d’être arbitre dans les querelles des habitants,
qui peuvent encore, une fois le jugement rendu, ne
pas s’en rapporter à sa teneur, pour peu qu’elle prete
à la discussion.
Cependant, dans certaines tribus, ce chef peut, en
cas de vol, et en présence même de la famille, qui ne
s’y oppose jamais, condamner le coupable a etre vendu,
et s’approprier le prix de la vente.
Ainsi que dans le nord de l’Abyssinie, les Chankal—
las occupent au sud le pays des basses terres, et
s’interposent souvent parmi les Gallas. Mais au sud
ils forment de grandes tribus, et même des royaumes.
Ceux qui ont le plus de rapports avec les Gallas sont les
nègres Djindjero et les nègres Dokko. Les premiers
s’étendent entre Ennaréa et Gouraguié, et les autres
sont au sud-sud—est de Kafa, au delà du Guibé.
J’ai voulu interroger des Gallas sur les rivières de
leur pays ; mais ils ont tant de noms semblables que
leurs renseignements en deviennenttrès-obscurs. Ils ont
une foule d’endroits appelés Limou : l’un d’eux n’est
autre chose que le pays d’Ennaréa; mais il y en a un
autre beaucoup plus à l’ouest. Ils ont aussi plusieurs
Djemma, et un grand nombre de rivières qui s’appellent
Guibé, ce qui ferait supposer que c’est un terme générique.
Quelquefois même ils donnent ce nom à un
grand lac qui est à l’ouest du pays des Goumarou.
Nulle contrée n’est, à ce qu’il paraît, plus fertile et
mieux arrosée que le pays des Gallas; partout le sol
est productif. C’est dans cette seule partie de l’Abyssinie
que l’on trouve des forêts vierges.
J’aurais bien encore à parler des Agâos et de
quelques tribus nègres qui sont à la frontière occidentale;
mais j ’attends pour cela d’avoir des renseignements
suffisants, et surtout dignes de foi; car je ne puis
m’en rapporter à ce qu’on m’en a dit jusqu’ici. Ainsi
donc, mon cher Lefebvre, je bornerai là ce petit aperçu
beaucoup trop incomplet pour l’usage dont nous
sommes convenus que tu pourrais en faire. Agis à cet
égard comme ton excellent esprit t’en d ira , et reviens
nous bien vite, sans oublier de nous écrire. Ma
troisième lettre ne t’entretiendra que de Gondar, où
je suis à même d’observer des choses assez intéressantes.