
litiquement encore peut-être dédaigné de punir le
crime dont il avait manqué d’être la victime ; il s’est
contenté de renvoyer sa maîtresse et son complice en
disant : « Que s’il sévissait aussi rigoureusement contre
ses ennemis politiques, c’était dans l’intérêt public ;
mais qu’il ne voulait point tirer vengeance des crimes
commis contre sa personne. » Toi qui mieux que nous
connais Oubié, tu sauras que penser de sa clémence.
J’ai reçu la lettre par laquelle tu me recommandes
plusieurs voyageurs français dont l’u n , d’après ce que
tu m’écris, a reçu une mission de Rome ; je ferai de
mon mieux pour répondre à tes vues et pour agir envers
eux comme doit le faire, en pareille circonstance,
tout loyal compatriote : ils seront sous mon toit comme
sous notre pavillon.
Adieu, je t’écrirai quand je serai dans le Semiène.
III.
Tchélaltchekqhenné, 17 mars 1840.
Mon c h e r T h é o p h i l e ,
Nous sommes arrivés ici le 12, à trois heures, après
quatre jours de marche et vingt-deux heures de route;
mais ce trajet peut facilement être fait à mule en dix-
sept ou dix-huit heures, la distance étant de dix à
douze lieues à vol d’oiseau et seize sur la route. Les
messagers indigènes la franchissent communément
d’un lever de soleil au coucher; mais il est prudent,
pour les Européens, d’éviter la marche pendant les
grandes chaleurs du jour.
D’Adoua jusqu’au Taccazé le pays ne renferme aucune
province qui ait un nom particulier et des délimitations
précises ; mais seulement de petits districts
qui empruntent leurs dénominations confuses à tel ou
tel village, souvent disséminé sur une grande étendue.
Tels sont Addi Aboune, qu’on rencontre d’abord;
puis Choumichète, puis Deraka, Adda Mariam, enfin
Thaïe Mokqha.
Le Zana, qu i, par une omission inexplicable, ne se
trouve indiqué sur aucune carte, s’étend entre le Chiré
et l’Adète, depuis le Taccazé jusqu’au Tembela, en
remontant sur la droite jusqu’à Célesto, dans la plaine
qui porte ce nom.
Cette province est limitée à l’est par le grand ravin
où coule le Feufeura, et, à l’ouest, pa r celui de Tou-
koulai à Adde Baraka.
Il est d’autant plus extraordinaire que le Zana ne
soit indiqué sur aucune carte qu’il sert de communication
directe entre les deux rives de Taccazé, les
pays Amaras, le Semiène et le Tigré. C’est encore
par le Zana que passe la route la plus courte, entre
Gondar et Adoua, les deux principales villes d’Abyssinie.
Cette route est fréquentée par les nombreux
marchands de se l, qui transportent cette monnaie du
Tigré dans les pays Amarah; mais je dois ajouter
qu’elle n’est praticable que pour les piétons, et que
les caravanes qui de l’intérieur portent à Messoah les