
distingué à la fois Messaline, Catherine de Médicis et
son homonyme de Russie. Néanmoins l’énergie de cette
femme ne pouvait communiquer à son fils et aux courtisans
efféminés qui l’entouraient la résolution capable
de résister à un homme aussi actif et aussi clairvoyant
qu’Oubié.En dépitdeson opposition vigoureuse,
Ras Ali se rangea à l’avis de faire des démarches auprès
du chef du Sémiène pour en obtenir la paix. Ne soupçonnant
pas à sa valeur l’ambition d’Oubié, il lui faisait
abandon de ce titre de Ras dont l’attrait seul lui
semblait suffisant pour tenter son ennemi; il espérait
par là et par quelques concessions secondaires
acheter le tranquille gouvernement de ses domaines.
On pense si Oubié pouvait se laisser prendre à un
appâtaussi grossier et aussi vain ; il refusa donc, et sans
donner d’ailleurs d’autres explications de son refus que
celle qu’il allait partout répandant pour motiver son
agression, c’est-à-dire l’impiété du premier dignitaire
de l’empire, et la fâcheuse réaction qu’elle produisit sur
les peuples. Justes ou non, ces reproches étaient d’une
profonde habileté, et masquaient admirablement aux
yeux des Abyssins la personnalité d’Oubié. Il remettait
sur le tapis cette vieille haine nationale qui avait toujours
séparé les Ethiopiens proprement dit des Gallas
musulmans, quoique, après les sanglantes querelles
dont elle avait été l’obje t, elle se fût un moment
assoupie par les tentatives de fusion encouragées par
Oubié lui-même, alors que son intérêt avait consisté à
les favoriser. Les principaux chefs chrétiens de l’armée
de Ras Ali avaient tellement pris le change sur les
déclarations hypocrites d’Oubié, qu’ils étaient tous'
prêts à abandonner la cause du Ras ; et celui-ci lui-
même , soit qu’il tînt à justifier ces accusations, soit
qu’à l’approche d’Oubié il eût ressenti une panique insurmontable
, avait fait demander des secours à Méhé-
met-Ali.
Quoi qu’il en soit, malgré qu’en eût Ras Ali, il fallut
se résigner au combat ; il alla rassembler ses cavaliers
gallas, et pendant ce temps Oubié s’avança surDebra
Tabor, sa capitale abandonnée. Cette ville fut livrée au
pillage, et la femme même du prince amaréen, qui s’y
trouvait, fut donnée par l’aboune àBeurouGocho, sous
prétexte qu’étant chrétienne, les liens du mariage ne
pouvaient l’unir à un musulman. Cette démonstration
du zèle exagéré de l’aboune acheva de rendre toute
transaction impossible. Quand il en fut instruit, Ras
Ali prit un peu de cette énergie quijusque-làlui avait fait
défaut, et après avoir activement opéré la réunion
de son armée galla, il vint camper en face d’Oubié, qui
s’était établi à Debra Tabor.
Le jour même de son arrivée il fit publier dans son
camp une proclamation, disant en substance qu’une
riche caravane venait d’arriver du Tigré, et qu’il en
livrait les dépouilles à ses soldats pour quatre années
de solde. Les cris de joie poussés par les Gallas arrivèrent
jusqu’aux tentes d’Oubié, qu i, en apprenant
cette bravade, ne voulut pas demeurer en reste et, le
soir même, il convoqua ses principaux officiers à un
grand banquet, destiné à célébrer d’avance la défaite
des ennemis.