
Les combattants sont suivis d’un corps de var-
lets qui portent les tentes et les ustensiles de
guerre, ou bien les chargent sur des mules et des
baudets. Chaque seigneur a en outre des serviteurs
affectés aux bagages de sa maison et aux
détails du campement ; d’autres chargés du transport
des vivres. H a un plus grand nombre encore
de servantes, pour porter des cruches de bière et
d’hydromel, qui doivent rester en permanence
pendant la marche.
Ces femmes sont la principale ressource des
soldats ; car, privés qu’ils sont de mules ou de
baudets, pour le transport de leurs provisions, ils
en chargent ces infortunées, qui s’attachent à eux
d’amour et qui, courbées pendant tout le jour
sous des fardeaux très-pesants, ont encore, le soir
venu, à moudre le grain, allumer le feu, faire le
pain et la cuisiné : encore, après tant de fatigues,
elles s’estiment heureuses quand leur amant ne
les bat point, et manifestent cet inappréciable bonheur,
la paix du coeur, par des chants qui durent
une partie de la nuit.
En tête de l’armée marche le corps des timbaliers,
montés à mule et habillés d’une manière
toute bizarre : par-dessus le costume ordinaire,
ils s’affublent d’un certain nombre de chiffons
rouges, qui font hideusement ressortir leur peau
noire. Derrière eux vont les courtisanes, dont
l’emploi est d’improviser et de chanter, pour exciter
l’ardeur des soldats. Viennent après les fusiliers,
puis le général en chef marchant sous un
parasol, dans le genre de celui du roi de Maroc :
ses principaux officiers se tiennent à ses côtés, le
o'ros de l’armee suit, et la marche est close par la
foule des varlets et des femmes. Tout cela forme
un tohu-bohu effrayant. Dans la tourbe des soldats,
tous vont à leur guise ; chaque cavalier fait
conduire son cheval en laisse, et suit à mule, pêle-
mêle avëc les piétons et les animaux de charge.
S’il se présente une rivière, à l’exception du général
en chef qui passe seul, le premier, à l’exception
de son matériel de cuisine, qui traverse
aussi sans encombre, rien n’est respecté ; chacun
agit pour soi, sans souci des autres ; tant pis pour
le piéton foulé aux pieds des chevaux, tant pis
pour la mule embourbée. Quant aux malades et
aüx traînards, s’ils ne trouvent pas en eux-mêmes
la force de rejoindre, ils sont l’inévitable capture
de l’ennemi.
On doit prévoir par là ce que doit être la
science militaire dans ces contrées. Si l’ennemi
est voisin et face à face, on fait précéder le corps
d’armée d’une avant-garde : l’arrière-garde est
chargée de faire avancer le matériel ; elle prend
un campement suivant l’occasion. Si l’ennemi
est (derrière, le matériel marche en avant avec