
voyé en Égypte, et je me suis dirigé vers Gondar en
compagnie du R. P. Sapeto. En moins de trois jours
nous fûmes rendus au camp du dedjas Lemma, a
Addi Onfito, et le jeune prince nous retint une semaine,
pendant laquelle non-seulement j’herborisai,
mais j’eus encore la gloire de vaincre à la lutte et
à la course plusieurs guerriers du camp. Cela me valut
à un tel point l’admiration du fils d’Oubié, qu’il
m’offrit le commandement d’ùn district dans la province
qu’il gouverne. Me vois-tu, à 1 instar de maître
Coffin, l’Anglais, devenu hobereau abyssin, et marchant
pieds nus dans mes domaines? Mais j’ai noblement
refusé les honneurs , et, prenant congé de mon hôte,
j ’ai continué ma route à travers la plaine du Chiré,
non sans faire quelques haltes dans les districts de
Maye-Temène, Chebenni, Demba Gouna et Maye
Temkat. Pour arriver de ce dernier lieu au lit du
Taccazé, il nous a fallu descendre une pente très-
escarpée ; mais la richesse de mon herborisation m a
amplement dédommagé de cette course fatigante, et si
j ’ai laissé aux épines de la foute les lambeaux de mes
vêtements ', j’ai augmente taà collection d. un grand
nombre d’espèces nouvelles.
Parmi les arbres riverains* le baobab est le ’seul qui
atteigne dè très-grandes dimensions. Mes aides abyssins
en mangeaient leà fruits , et les trouvaient délicieux,
ce qui ne m’empêche pas de croire que les
gourmets parisiens en feraient difficilement leur régal,
non plus qüe des autres fruits particuliers à l’A-
byssinie, tel que le kochim, le ouanza* etc. Sous ce
rapport, ce pays-ci n’est pas riche: je crois même que
les bananiers, les orangers, les pêchers, etc., que
l’on y voit, ne sont pas indigènes et ont été apportés
par les jésuites.
En nous installant sur les bords de la rivière pour y
passer la nuit, nous eûmes soin d’allumer de grands
feux pour écarter les animaux féroces ; et les rugissements
que nous entendîmes jusqu’au jour nous convainquirent
que cette précaution n’était pas inutile.
Le versant de la vallée opposé à celui de Temkat
est extrêmement rude, et dans la grande chaleur du
jour les mules y succomberaient. Nous commençâmes
cette pénible ascension à cinq heures du matin, et ne
l’eûmes finie qu’à neuf heures. Nous foulions alors la
prairie de Maye Aïni, dans le pays de Berra Ouasseya,
qu’arrose la rivière Sarentia. Nous traversâmes cette
rivière à midi, et nous vînmes, le soir, établir notre
campement à Maye Eessate.
A partir de ce point, nous rencontrâmes plusieurs
rivières qui coulent entre les contreforts de la chaîne
du Semiène, et vont se jeter dans le Taccazé. La plus
large de toutes est le Zarima, qu’on trouve au pied de
la montée qui mène au Ouoguéra. Après avoir passé
cette rivière, notre route devint tellement boisée que
j ’y laissai le reste de mes vêtements. Nous n’atteignîmes
pas tout d’un trait le sommet de la chaîne
nous conformant, en cette occasion, à l’usage des négociants,
nous fîmes une station à Debbeu Baheur, ville
située sur un gradin, à mi-pente de la montagne de
Lamalmon.