
arme d’une lance et d’un poignard, et qui, pour être
le guide le plus pacifique du monde, n’en avait pas
moins tout 1 air d’un bandit achevé.
Cependant, à mesure que nous nous élevions, le
pays changeait d’aspect et devenait plus habitable;
nous rencontrions de temps à autre des troupeaux de
bétail, dont les pasteurs venaient saluer respectueusement
mon guide; quelques-uns demandaient du
tabac à priser, cadeau auquel j ’ajoutais la tabatière, en
échange de jattes de lait e t'd ’une infinité de bénédictions.
A la première vue du Tarenta il paraîtrait impossible
que les caravanes pussent gravir ses pentes ardues
et glissantes; mais les boeufs pesamment chargés
grimpent avec une force et une agilité merveilleuses
sur ces roches impraticables à l’oeil; et grâce à ma
mule, je me trouvai moi-même bientôt transporté sur
le haut de la montée. Un air presque froid succéda
aux intolérables chaleurs des jours précédents, et le
Kolkoual, cet arbre particulier à l’Abyssinie, que Bruce
a décrit le premier, m’indiqua que je venais de franchir
la première limite du pays qui devait être soumis
à nos investigations.
Nous marchâmes encore quelque temps sur un plateau
assez bien cultivé, et nous arrivâmes au village
d Halaye. De l à , la vue embrasse un cercle
immense, et ne s’arrête qu’au rideau de hautes montagnes
qui forment au nord-ouest le bassin d’Adoua:
ces pics dentelés découpent l’horizon en mille formes
bizarres, et ressemblent, dans l’éloignement, aux toits
pressés de quelque ville géante, ayant cinquante lieues
d’étendue. On dirait qu’un pareil pays n’est fait que
pour des hommes de cent coudées. A mes pieds se
déroulait le Tigré ou une suite de vallées dont mon oeil
suivait toutes les sinuosités ; une infinité de ruisseaux
miroitant sillonnaient les campagnes, et leur réseau,
s’appuyant à plusieurs grands cours principaux, semblait
comme le système artériel de ce vaste pays. Je
restai quelques moments devant ce magnifique tableau,
que le soleil levant éclairait du plus égal mélange d’or
et d’azur.
En approchant d’Halaye j’avais été accosté par un
aventurier fort intelligent, nommé Betléem, dont
MM. Combes et Tamisier ont parlé dans l’intéressante
relation de leur voyage. Il m’offrit ses services, que
j ’acceptai, me conduisit chez le chef du village, le
chourn g u ed é , et me fournit tous les renseignements
dont je pouvais avoir besoin, ce qui me permit d’envoyer
sur-le-champ un messager à mes compagnons
pour les engager à venir me rejoindre. En attendant
j ’esquissai le croquis de la maison de mon hôte.
Bien qu’elle fût une des plus splendides du pays, je
me dis qu’un Européen ferait, à s’en contenter, grande
preuve de simplicité dans ses goûts. Une enceinte de
quatre murs en pierre sèche, couronnée de solives sur
lesquelles s’appuie un toit formé de branchages et de
terre1 battue; deux ou trois trous inégaux servant
de fenêtres, et un autre servant de porte; une espèce
d’auvent ou prolongement du toit, soutenu de
quelques arbres écorcés, pour abriter les mules :