
gallas. A en croire M. Évain, le roi lui aurait fait alors
une allocution pathétique pour vaincre sa résolution :
« Reste, » lui aurait-il d it, « 6 étranger, ne vas pas à
« l’aventure dans un pays que tu ne connais pas :
« crains les lions, les serpents, et surtout la méchan-
« ceté des hommes. Si tu manques d’amis ou de part
rents , je te tiendrai lieu dé père, et je te choisirai
« une compagne. P arle, que te faut-il?» Et notre voyageur
de répondre : « Je ne veux pas rester auprès de
vous, car vous m’avez traité avec moins d’égards que
« les autres étrangers, parce que vous m’avez vu pau-
« vre. J’étais venu sur la foi de votre renommée;
« l’on vous citait, dans votre pays, comme le plus
« sûr refuge du talent joint à la pauvreté; et de là ma
k croyance que vous mesuriez les hommes à la capa-
« cité de leur esprit et non à celle de leur bourse ; mais
je suis désabusé maintenant. Je n’ai pas de cadeau à
« vous faire : laissez-moi partir. »
Quelques jours après, M. Évain quittait le Choa,
ayant encore à se louer de la bienveillance du ro i,
sinon des marques de sa considération. Rendu à la
liberté, au grand air, à la marche enfin, notre voyageur
se sent renaître et s’en vient tout allègre, d’un
pas délibéré à Débra Tabor, la capitale du Beguemé-
deur : car ses renseignements géographiques n’établis-
saientpas des jalons plus rapprochés; et sauf les buissons
qu’il a tranchés avec son sabre (sic), il ne m’a parlé que
d’un seul fleuve, le Bachelo, attendu qu’il avait failli
s’y noyer. Le voilà donc à la porte de la tente de Ras
Ali. 11 sollicite une audience : pendant qu’il prépare
son discours, on lui vole un cheval qu’il avait eu d’un
Galla en échange de sa mule, et en même temps deux
lances sur lesquelles était écrit son journal. De ce dernier
coup du sort, l’âme stoïque de M. Évain ne s é-
meut p a s , mais il renonce à sa visite, achète une mule
avec 15 thalers qui lui restaient, et au bout de sept
jours il arrive au milieu de nous pour nous conter ses
aventures.
Nous le suivrons bientôt dans son voyage à Messoah
avec le docteur Petit, car, plus que jamais, il tenait à
aller à Zanzibar; mais cette fois il voulait passer par
le pays des Bicharîs.
Le 19 novembre, l’aboune fit son entrée à Adoua. 11
alla se loger chez l’alakaKidonaMariam, où il reçut les
félicitations des principaux habitants de la ville, à la
manière des grands personnages abyssins, c’est-à-dire
du fond d’une alcôve, derrière un rideau qui le cachait
à tous les regards. C’est dans cet appareil qu’il me reçut
le lendemain, lorsque je me rendis à son invitation de
l’aller voir; mais, en ma faveur, il daigna lever son
voile.
Il me faisait venir pour m’expliquer les motifs d’une
mesure dont toute la portée s’adressait aux Européens :
la veille, une des paroisses, celle de Saint-Michel, avait
été fermée, et ses desservants suspendus, parce qu’un
des missionnaires y avait dit une seule fois la messe
un an auparavant. Il paraît que l’aboune s’était aussitôt
repenti de cette rigueur précipitée, car il voulait prévenir
par ma bouche toute fausse interprétation de ses
ordres. « Je n’ai pas, me dit-il, l’intention de vous inter