
nagarits, affectés spécialement au service du dedje-
asmatche et indiquant sa dignité : les autres
azmari n’ont aucun emploi fixe, et courent les
rues.
Aux azmari qui vont à la suite des princes, il
se mêle des femmes, qui également chantent et
improvisent. Ce sont des courtisanes ; elles animent
le champ de bataille, en promettant leurs
faveurs aux plus braves ; souvent elles parviennent
à ramener ainsi les fuyards au combat ; mais très-
souvent aussi, après la victoire, ce prix devient le
sujet de querelles et de duels entre les rivaux.
Les Abyssins cultivent donc aussi la poésie,
quoiqu’on ait dit à tort qu’ils ne connaissaient
pas l’usage des rimes. Leur langue se prête au
contraire merveilleusement à ce genre de littérature,
car leurs mots offrent beaucoup de désinences
analogues. Leurs rimes sont en général
croisées, et leurs vers libres, quoiqu’ils ne dépassent
pas la mesure de dix pieds : le plus souvent
ils sont de six, et groupés en strophes dont
la longueur varie.
Cette poésie est encore descriptive. La satire
est en grande faveur, ce qui n’empêche pas l’élégie
d’avoir souvent beaucoup de succès ; ainsi
l’oncle d’Oubié, après avoir eu les yeux crevés,
composa lui-même plusieurs complaintes sur son
triste sort; et les soldats, par qui je les ai entendu
chanter, versaient toujours des larmes. La mort
de Guébra Rafaël, q u i, pendant quatre ans,
lutta contre Oubié , fit naître chez le peuple qui
l’avait détesté pendant sa vie, plusieurs chants en
commémoration de ses hauts faits. Du reste,
cette poésie rhythmique est généralement improvisée.
Dans leurs essais de peinture, les Abyssins se
montrent plutôt coloristes que dessinateurs. Ils
peignent sur toileavecdu blanc d’oeuf. Le caractère
de ces compositions est naïf. Il se partage entre le
sentiment des premiers peintres italiens et la manière
des bas-reliefs égyptiens. Cette peinture est
évidemment tirée des Grecs, qui ont dû faire en
Abyssinie les premiers tableaux, plus tard imités
par les naturels. Tout cependant n’est pas copié :
les peintres abyssins ont d’original leurs chevaux,
la manière de les harnacher, et en général
tout ce qui n’est pas la représentation de l’homme
proprement dit.
Les sujets de ces compositions sont tirés de
1 Ecriture sainte ; l’explication s’en trouve toujours
au bas. Elles ne sont jamais destinées qu’aux
eghses; on en trouve cependant quelques-unes
dans le palais du roi. Elles sont si bien appliquées
sur les murailles que plusieurs voyageurs les ont
prises pour des fresques.
Ce sont encore les azmari qui se chargent de