
Nous ne songeâmes pas un moment à une désapprobation
du gouvernement français, car nous savions
que M. Combes avait reçu lordre d’acheter Tedjoura
pour le compte de la compagnie Nanto-Bordelaise.
Aussi, à notre avis, en agissaint comme nous le faisions,
nous ne pouvions qu’aller au-devant dés intentions
du gouvernement. Nous n’étions arrêtés que par
une difficulté, et encore était-elle plus apparente que
réelle. Quoique les chefs abyssins se soient toujours
considérés comme souverains de la côte, et exigent
fort souvent le tribut des chefs Taltal et Choho , on
pouvait, jusqu’à un certain point, contester à Oubié le
droit de céder la baie d’Amphilah, par ce fait seul
qu’il ne l’occupait pas. Nous lui fîmes part et de la
demande et des scrupules qu’elle nous suggérait; mais
il l’accueillit avec empressement, et nous offrit même
de descendre avec ses troupes pour s’emparer d’Amphilah,
et nous le livrer, si la France l’acceptait.
Cette assurance fit cesser toutes nos irrésolutions,
d autant plus que nous ne crûmes pas devoir être plus
exigeants en cette matière que ne l’avait été M. Sait, l’ambassadeur
anglais, lors de son voyage en Abyssinie. Il y
avait bien encore à peser l’inconvénient de me séparer
de mes collègues, et d’interrompre, pendant près d’une
année, les travaux qui me concernaient dans l’exploration
; cette raison seule eût suffi pour me faire renoncer
au projet de retour, malgré tous les avantages
que j ’y voyais, si une circonstance n’était venue en diminuer
considérablement la valeur. On sait que je
n’avais apporté en Abyssinie qu’un baromètre, celui
que m’avait cède M. Coldcoat, le mien ayant été cassé
dans le voyage de Kéné à Cosseïr : or, celui-ci éprouva
malheureusement le même sort, et c’est pourquoi j ’avais
chargé Angelo de m’en procurer un par M. Mou-
gel ; mais j ’étais loin d’être rassuré sur la manière
dont notre drogman s’acquitterait de la commission :
d’ailleurs, l’expérience du voyage m’avait vivement fait
sentir la privation de quelques autres instruments auxquels
je n’avais pas songé en partant; et l’occasion
qui se présentait ainsi d’en rapporter de France, confirma
une résolution qui avait déjà tant d’autres excellents
motifs. J’allai donc trouver Oubié, et lui annonçai
que je consentais à porter une lettre au roi des
Français, à la condition toutefois qu’il joindrait à
l’offre de son amitié et d’un traité de commerce, celle
de la baie d’Amphilah. Les choses furent immédiatement
conclues sur ce pied-là, et il ne s’agit plus que
de tout préparer pour le départ.
Sur ces entrefaites une triste calamité vint fondre
sur la capitale du Tigré. Vers le commencement du
mois de novembre, la petite vérole se mit à sévir avec
violence par toute la ville. M. Petit, qui avait apporté du
vaccin, conçut aussitôt l’espérance d’attacher un glorieux
souvenir au nom européen, et fit partout proclamer
le remède souverain. Il ne rencontra pas ici
les préjugés qui ont arrêté beaucoup de médecins dans
des contrées plus civilisées ; presque tous ceux qui
n avaient pas encore été atteints du mal, vinrent se
soumettre à la vaccination; malheureusement nous
eûmes le déboire de voir notre vaccin échouer sur