
longtemps. Oubié avait donné à M. Coffin le gouvernement
d’un petit pays. Je remerciai vivement cet
Européende sa prévenance à notre égard, et il nous
accompagna jusqu’à un endroit où s’élève une fortification
naturelle, une large colline dont les flancs rocheux
sont taillés à p ic , et qui n’est abordable, que
par un seul endroit. Le sommet en est couronné d un
village et d’un couvent. Le soir, nous atteignîmes le
village d’Addi Adib, dont la population est en grande
partie musulmane : il est situé sur une hauteur et va
quérir son eau dans la vallée, à une assez grande distance.
Le lendemain, après avoir descendu, monté,,
redescendu et remonté pendant quelque temps, le tout
à travers des chemins arides et une végétation sauvage,
nous arrivâmes enfin à Dixan, et fûmes nous
loger chez le bahar nagache1.
Dixan est considérée comme une ville en Abyssinie,
quoique sa population ne soit qued’environ 2 000 ames;
c’est un des points de la frontière où les marchands
abyssins prennent des guides pour descendre à la mer,
et c’est là qu’ils les laissent lorsqu’ils remontent sur
le plateau. Les habitants, qui sont pour la plupart
musulmans, ont des habitudes fort peu hospitalières
et sont considérés comme les plus mauvaises gens de
l’Abyssinie.
Aussitôt arrivés, nous n’eûmes rien de plus pressé
que de demander des guides; mais, comme en l’ab-
' On donne ce titre, qui signifie Roi de la mer, au chef de la province
du littoral : Bruce nous apprend que son pouvoir était naguère très-
grand, et s’étendait jusqu’à Messoah.
sence du bahar nagache, on voulait nous extorquer
vingt-deux thalers, nous nous résolûmes à attendre
la venue d’Abderahim, qu’on annonçait pour le lendemain.
Celui-ci était frère du naïb, et quoiqu’il fût
musulman, le bahar nagache lui avait donné sa fille
en mariage, tant pour se créer une protection contre
les voleurs chohos, que pour faire affluer dans sa ville
les voyageurs déjà rançonnés par le naïb. Ces deux
honnêtes gens s’entendaient comme larrons en foire :
c’est en vertu de leur pacte secret que nous avions
eu tant de peine à nous soustraire aux obsessions du
naïb, pour le choix de notre route, lorsque nous
abordâmes l’Abyssinie. Volés par le naïb, étrillés par
le bahar nagache, les voyageurs n’en étaient pas
moins quelquefois dépouillés par les Chohos, qui venaient
justement, à l’époque où nous arrivions, de
dévaliser une caravane, méfait qu’Abderahim était allé
punir à la tête de quelques troupes. Je lui envoyai mon
drogman pour lui demander des guides : il me fit répondre
que les guides seraient prêts à m’accompagner
lorsque je serais disposé à les payer au même taux
qu’en entrant en Abyssinie, c’est-à-dire à raison de
5 thalers par homme; nous n’avions pas le moyen de
nous soustraire à ces dures lois, fort heureux encore
de pouvoir partir le lendemain. Après avoir descendu
le Tarenta, nous vînmes coucher à Toubbo ; de
là j ’expédiai un domestique au gouverneur de Messoah
pour me faire retenir une barque. Dans la journée,
nous arrivâmes à Hamhamo, où nous passâmes la
nuit. A mesure que nous descendions, 1a, chaleur aug