
sea relations de famille, qui étaient fort nombreuses,
l’âge avancé du choum (il avait alors quatre-vingt-
dix ans) et sa sagacité reconnue lui avaient procuré
la confiance générale ; son nom était un sauf-
conduit. Je conclus donc avec lui le kâle-kidane,
expression q u i, chez les Abyssins, caractérise l’acte
d’alliance de Notre-Seigneur avec Noé. Un pacte fait
sous cette forme est sacré ; aussi après avoir échangé
notre serment, le vieux Akilas me dit : « Vous pouvez
maintenant aller en sûreté jusqu’à Messoah : je suis
votre n a v ir e . » Telle fut son expression. Alors ses fils
fort nombreux m’accablèrent de demandes : à l’un il
fallait un fusil, à l’autre un sabre; il n’y avait pas jusqu’à
l’Oizoro, son épouse, qui ne sollicitât indirectement
un cadeau, et quel cadeau pour une vieille
femme ! un miroir. C’est en vérité ce qu’elle me fit
prier de lui rapporter de Messoah, en m’envoyant le
soir, par sa soubrette de confiance, une fricassée de
poulet préparée de ses nobles mains.
Quand cette patriarcale famille m’eut donné .quelque
relâche, je me mis activement au travail; je pris
d’un des sommets de Gondet une vue générale des
montagnes du Tigré, depuis Axoum jusqu’à Okoulé
Gouzaye, vers la chaîne du Tarenta. A mes pieds était
la vallée du Mareb, dont le niveau en cet endroit
est de onze cents mètres ; le plateau du Seraé, qu’elle
entoure complètement, a une élévation moyenne de
deux mille mètres. Il en résulte que la végétation
dans la première de ces deux régions est tout à fait
celle des contrées intertropicales, tandis que le plateau
jouit d’un climat européen. Ce n’est guère que vis-à-
vis le Chiré, au-dessus de Medebaye Taber, que le Mareb
n’est jamais à sec. Ceci explique pourquoi dans
cet endroit les chasses aux grands animaux sont plus
productives ; tourmentés par les mouches et autres
insectes des basses régions qui entourent l’Abyssinie,
ces animaux remontent sur les hautes terres ; mais ils
doivent nécessairement s’arrêter à la limite des eaux.
Le lendemain je reçus une lettre de M. Petit. Les excursions
et les achats avaient absorbé presque tout l’argent
apporté par notre drogman (environ mille thalers);
Angélo avait fait quelques réclamations à cet égard,
et mon collègue me pressait d’arriver pour mettre un
terme à ces débats. Je consacrai encore cette journée
et la suivante à terminer mes travaux à Gondet, puis je
pris congé de mon ami Akilas. J’entrai dans une vallée
très-étroite, suivant la direction nord nord-est, qui,
après une heure de marche, me mena au pied d’une
pente escarpée, où l’on ne trouve qu’un étroit sentier
pratiqué par les mules. Une belle plaine, composée
d’un humus gras et fertile, me dédommagea de cette
rude montée; je n’y aperçus, jusqu’à la ville d’Addi
Hoala, aucune prairie; tout était ensemencé; mais
le reste de la route, jusqu’à Addi Cassemo, en contenait
au contraire beaucoup, qu’arrosaient de nombreux
ruisseaux, et où je vis des troupeaux magnifiques.
En sortant d’Addi Cassemo, nous traversâmes un
désert par où les voyageurs isolés évitent de passer,
car on y fait souvent rencontre de bandits. De là
nous gagnâmes le village Enna Hoyala, aux approches