
duquel nous entendîmes une musique qui annonçait
la célébration d’une fête. Mes gens se réjouirent par
avance de la bonne aubaine qui les y attendait; cependant
on nous refusa même un gîte, et nous fûmes
obligés de coucher sous nos tentes. Le lendemain
matin, comme je prenais des notes en demandant
aux habitants le nom de leur village, un groupe
s’était formé autour de moi, et je vis s’y manifester
une certaine inquiétude ; bientôt après arrivèrent des
provisions de toutes sortes, que l’on me pria d’accepter
avec force excuses sur la mauvaise réception de la
veille. On ne me demandait que de vouloir bien rayer
de mon calepin les notes que j ’y avais écrites ; car les
fortes têtes du village avaient émis la crainte que
ce ne fût un maléfice jeté sur le pays, ou tout au moins
une plainte adressée à Oubié.
Nous arrivâmes bientôt à Amba Zareb. Nous avions
à notre gauche les montagnes de l’Amaeène, et à nos
pieds un pays plat, espèce de désert qui conduit au
village de Châha, appelée aussi Maye Tada, c’est-à-
dire eau blanche, parce qu’en effet l’eau qu’on
y trouve traverse un terrain de tuf qui la blanchit.
Les maisons de Châha sont à toiture plate et recouvertes
de terre battue; elles sont disposées de manière
à clore une vaste enceinte, sur laquelle s’ouvrent
toutes les maisons, et qui n’a d’accès que par une seule
voie. Cette disposition a pour but de faciliter la défense
contre les attaques des Chohos qui, souvent, poussent
leurs excursions jusqu’à cette partie de la frontière du
Tigré.
De là nous redescendîmes dans la vallée du Mareb,
et nous passâmes cette rivière en un endroit qui n’est
éloigné de sa source que d’une journée de marche ;
après avoir monté le versant opposé, nous arrivâmes
dans la plaine d’Èguela Goura. Les caravanes y séjournent
souvent à l’allée et au retour ; elles y trouvent à
acheter de la farine, chose rare partout ailleurs en Abyssinie,
sauf à Gondar. A onze heures et demie du matin
nous étions dans la ville d’Egue la Goura, chez le choum
Aptaye, qui avait la réputation d’un homme très-riche.
Quelques personnes nous dirent qu’il avait des jarres
pleines d’or, ce qui était sans doute un conte absurde;
mais il est incontestable qu’il possédait beaucoup de
grain, car, sans compter les greniers encombrés de sa
très-vaste maison, j’aperçus à l’extérieur, sous l’emplacement
formé par la saillie du toit, une grande quantité
de sacs pleins, et à tous moments des boeufs chargés
venaient en augmenter le nombre. Ce prétendu
Crésus après m’avoir fait un discours où il me vantait
ses bonnes relations avec Oubié, me proposa
de faire avec lui le pacte d’amitié. Je savais ce que
cela voulait dire; mais espérant que mon homme me
fournirait un guide pour traverser le pays choho,
je n’hésitai pas à conclure encore une fois le kâle-
kidane, et nous convînmes d’être réciproquement
très-généreux l’un à l’égard de l’autre. Sur quoi je lui
dis que j ’avais grand besoin de souper; il me répondit
que deux thalers lui étaient absolument nécessaires. Je
donnai les deux thalers et j ’eus un souper et un ami.
Il me fournit également le guide que je lui deman