
mort doit bientôt vous rendre héritier de mon pouvoir ?
Soyons amis, pour le peu de temps qui me reste en-
eore à vivre. Tenez, appelez le sommelier, qu’il nous
apporte du meilleur hydromel ! Venez vous asseoir
près de moi, et buvons à votre longue prospérité.
Ce fut un grand soulagement pourOubiéque devoir
son oncle entr’ouvrir la porte, et demander à haute
voix de l’hydromel, genre de séduction auquel Ouelda
Jésous résistait difficilement. Il respira tout à fait
quand les serviteurs entrèrent apportant la boisson désirée.
Depuis lors il ne resta jamais seul) mais il jura
de se venger, et de réduire son oncle à l’impuissance
de lui nuire. L’occasion s’en était donc présentée lors
du crime commis sur Ato Ouessan. L’arrestation de
Jésous fut résolue : toutefois ce n’était pas chose facile
à exécuter, et personne ne se fût chargé de le faire sur
une place publique ou dans la maison du coupable. Le
moment choisi fut celui d’une fête à laquelle il était
invité. Les principaux serviteurs d’Oubié se réunirent
armés sous sa tente. Ouelda Jésous, avec la confiance
irréfléchie d’un homme courageux, vint sans armes et
sans escorte, et fut invité par son neveu à venir s’asseoir
sur un tapis placé au pied de son alga; puis, profitant
du moment où il arrangeait sa tunique, après s’être
accroupi, quatre des plus vigoureux soldats se jetèrent
sur lu i, l’étreignirent et l’empêchèrent de se relever,
tandis qu’un forgeron s’approchait pour l’enchaîner.
Toute résistance devenait inutile. L’oncle d’Oubié ne
s’épuisa pas en vains efforts, ni en injures stériles : il
attendit avec le plus grand calme qu’on prononçât sur
son sort. 11 se fit quelques instants d’un silence profond;
personne n’osait lever les yeux sur cet homme
intrépide qu’on venait de prendre si traîtreusement, et
tous se cachaient le visage avec leur toge, tant ils redoutaient
sa vengeance., s’il parvenait à se tirer, du
piège où il était tombé. Ce fut Oubié lui-même qui se
porta accusateur de son oncle; il fit venir les juges
armés du feüta-negueuste, et leur déféra le jugement
du crime de Ouelda Jésous. Là délibération eut lieu
séance tenante, et elle prononça la peine de l’aveuglement.
Cet arrêt fut exécuté sur-le-champ : le même
forgeron qui avait enchaîné l’accusé, lui servit de
bourreau. Il fit rougir des fers, et un moment après
Jésous le terrible , Jésous l’indomptable, n’était plus
que Jésous l’aveugle, un objet de mépris et de pitié
pour tout le monde. Tous ses biens furent confisqués;
on lui accorda une pension alimentaire, et on le conduisit
au Semiène.
Cette histoire me fut racontée par mon drogman en
revenant de chez le gouverneur.
Ato Ouessan et sa femme nous avaient reçus de la
façon la plus gracieuse, le seigneur abyssin m’assurant
qu’il serait charmé de ma compagnie, l’Oizoro Semrette
poussant la prévenance féminine jusqu’à me promettre
une cuisine à part, ainsi qu’elle l’avait fait, me dit-elle,
pour M. Dufey, dont la gaieté et le caractère avaient capté
la bienveillance générale. Je recueillis ainsi par droit
d’héritage, et sous bénéfice d’inventaire, les fruits qu’avait
semés mon compatriote.
En arrivant ehez.moi, je m’occupai sans délai de mes