
citation. Nous longeâmes la'montagne du Selleuda
pour nous rendre à Mariam-Chaouito. Le camp était
disposé et gardé de la même façon qu’au pied de
l’Ambaloule, c’est-à-dire avec absence complète des
plus simples ouvrages de défense, quoique d ailleurs la
place en fût bien choisie. Mais l’ennemi auquel Oubié
avait affaire, était encore plus ignorant que lui, et
ne se fût jamais avisé de venir attaquer ce camp si
facile à surprendre.
Un grand nombre de femmes, assises à la porte
des tentes, préparaient le repas des soldats, et nous
eûmes beaucoup de peine à percer la foule des curieux
pour arriver à la tente d’Oubié. Il dormait encore;
mais ayant été averti peu d’instants après, il nous envoya
chercher par notre baldaraba. Nous trouvâmes ce
prince drapé dans une pièce d’étoffe blanche, à bordure
de soie, et tête nue, couché sur un sopha, au
pied duquel était un tapis de Perse, sur lequel il nous
invita à nous asseoir. L’appartement était fort obscur,
et la lumière douteuse d’une torche en cire jaune permettait
à peine de distinguer les personnages qui s’y
trouvaient. C’étaient, pour la plupart, de grands officiers
de l’armée : deux alakas en turban blanc se tenaient
de chaque côté de l’estrade où reposait Oubié.
Cette salle d’audience n’avait d’autres ornements que
quelques armes appendues aux murailles.
Après un premier échange de politesse, nous offrîmes
nos présents. Ils se composaient, pour pièces
principales, d’une améthyste montée sur une bague
d’argent doré, d’une tabatière ciselée, et de deux paires
de bracelets en argent doré; nous y avions joint une
paire de rasoirs, quelques livres de poudre de chasse,
et du tabac du Caire. Ato-Ouessan avait accepté mieux
que cela d’un air assez dédaigneux, si bien que nous
ne comptions pas trop sur l’effet de nos cadeaux. Nous
fûmes agréablement trompés : Oubié les reçut avec
joie; il examina chaque objet avec une curiosité d’enfant,
et se départit un moment en leur faveur de sa
réserve habituelle. Tout en nous remerciant, il nous
questionna sur la nature de nos travaux, et, apprenant
que mes compagnons étaient médecins, il se promit
de mettre leur science à l’épreuve. M. Sapeto
intervint alors pour lui dire qu’en France, on avait
coutume de réunir, dans une galerie historique, les
portraits de tous les rois et de tous les grands hommes,
et qu’à ce dernier titre, M. Dillon désirait le peindre.
Cette demande parut le flatter beaucoup, et il y consentit
avec joie.
Cependant deux chefs militaires qui, depuis le
commencement de l’entretien, s’étaient tenus silencieusement
adossés contre l’un des piliers de la porte,
prirent tout à coup la parole, pour reprocher à Oubié
l’accueil qu’il nous faisait. Les blancs, disaient-ils,
n’abondaient déjà que trop dans le pays, qui, sous
le prétexte d’étudier, n’étaient au fond que les espions
de Méhémet Ali, venus pour préparer l’asservissement
de la nation. Ces honorables orateurs ne se doutaient
pas que nous comprissions leurs discours; aussi eussions
nous fait très-laide contenance si l’alakaHabeta-
Sallassé n’eût pris chaleureusement notre défense, et