
circonstance revient le produit des paris, il n’a
garde d’y porter obstacle, et exige au contraire
des cautions pour chacun d’eux.
Nous l’avons dit, la loi écrite des Abyssins est
très-bornée, e t , en la majeure, partie des cas,
l’usage en tient lieu, aussi bien pour prononcer sur
le fond que pour diriger la procédure. Voici, à ce
dernier égard, une coutume qui est generalement
en vigueur :
Aussitôt que l’on a un grief contre quelqu’u n ,
on lie le bas de sa tunique à la sienne, et il ne peut
la délier sans se déclarer coupable. On le conduit
ainsi devant le juge. S’il s’agit d’un criminel dont
on craigne les tentatives d’évasion, on 1 attache
par une chaîne dont un bout est rive à son poignet
, et l’autre bout à celui d’un domestique de
confiance. Le criminel est obligé de nourrir ce
domestique ainsi lié à lu i, et de le faire d une
manière convenable , car celui-ci peut l’y contraindre
en serrant son rivet.
Nous verrons, quand nous parlerons de la famille,
ce critérium delà prospérité et des lumières
d’une société, cette pierre de touche de la civilisation,
nous verrons, dis-je, quelles garanties lui
offre la loi abyssine. Il nous reste maintenant
à apprécier l’organisation militaire de ce peuple,
après quoi nous dirons quelques mots de la question
financière, qui se résume et se circonscrit,
on peut le juger d’avance, dans le mécanisme de
l’impôt; et nous aurons ainsi passé en revue les
principaux éléments de sa constitution politique
et religieuse.
Ainsi que nous l’avons d it, le maître d’un pays
choisit les délégués de son pouvoir parmi les gens
qui lui sont dévoués et qui ont épousé sa fortune ;
sans s’inquiéter d’ailleurs s’ils ont la moindre capacité
pour le gouvernement. Ces chefs q u i, au moment
de leur élévation, sont souvent sans aucune
ressource, trouvent sur-le-champ, au moyen de
l’impôt qu’ils prélèvent, de quoi nourrir un certain
nombre de domestiques, se pourvoir d’un attirail
convenable, et paraître àl’armée avec éclat, aussitôt
qu’ils y sont convoqués. Cependant, comme
ce personnel est hors de proportion avec leur fortune,
ils prennent à leur service une foule de gens
de la localité, dont les seuls gages consistent à être
dispensés de l’impôt, ce qui ne diminue en rien
sa quotité, vu que le déficit qui en résulte est réparti
sur le reste des habitants. Ils se procurent
ainsi de fort mauvais serviteurs ; mais lorsque les
chefs de district y commandent depuis longtemps,
et qu’ils sont du pays même, ils peuvent compter
sur la population pour les suivre à la guerre :
c’est la même raison qui fait que les habitants
des terres privilégiées, ou des goults héréditaires,
font de meilleurs soldats que les autres.