
geâtres. Nous n’étions plus qu’à une vingtaine de milles
de Djeddah; mais, craignant de nous engager à une
heure trop avancée dans les écueils qui hérissent l’entrée
de la rade, nous jetâmes l’ancre dans une baie profonde,
qui porte le nom d’Obhoor. Il y avait avec nous,
mouillées dans cette baie, plusieurs barques arabes
à voiles latines; le lendemain matin, nous appareillâmes
en même temps qu’elles, orientés au plus près
du vent; je remarquai que notre sillage n’était guère
plus de la moitié du leur.
Le 20, à onze heures, nous jetions l’ancre devant la
ville de Djeddah, au milieu d’une vingtaine de grands
bâtiments, dont huit portaient le pavillon anglais et
cinq celui de Mascate : les autres étaient égyptiens. Le
mouillage est situé entre deux bancs parallèles au gisement
de la terre; le plus rapproché est éloigné d’un
mille du quai de Djeddah. Le milieu du banc reste à
l’ouest de la porte de l’arsenal.
En outre des bâtiments à voiles carrées dont je viens
de parler, il y avait près de terre, vis-à-vis d’un village
appelé Rouess, des barques arabes dont le nombre pouvait
être évalué à cent. Cet ancrage est peu profond et
n’admet que les bâtiments d’un faible tirant d’eau.
Le village de Rouess est composé de familles de
marins.
Le consul anglais, M. Oglivie, vint à bord nous offrir
ses services ; il nous emmena chez lui dans sa propre
barque. Pendant le trajet, nous touchâmes plusieurs
fois le fond, et avec tant de violence que, si notre
barque n’eût pas été construite en bois de teak, comme
le sont toutes celles de la mer Rouge, elle n’aurait certainement
pu y résister.
La ville est bâtie dans une enceinte carrée, formée
par un mur de deux pieds d’épaisseur flanqué de distance
en distance par des tours hexagones qui, vues de
la rade, ne manquent pas d’un certain aspect. L’éclatante
blancheur des maisons, en se découpant
sur un fond de montagnes grisâtres, offre le coup
d oeil le plus pittoresque. Le quai est protégé par deux
pans avancés de murailles garnies de tourelles, où l’on
a plac.é quelques canons en batterie. Si l’on s’avisait
dé faire feu, ces murailles en fort mauvais état pourraient
fort bien s’écrouler; mais la présence des canons
suffit pour imposer aux Arabes, qui sont les seuls ennemis
à redouter.
Djeddah n’est qu’à trente milles de la Mecque. Le
pèlerinage est un lien naturel entre ces deux villes,
et quand en arrive l’époque, Djeddah s’emplit de
bruit et d’activité; pendant les trois mois qu’il dure,
on estime à cent vingt mille, année commune, le
nombre des pèlerins qui y débarquent. Ce port n’a
pourtant quune dizaine de mille âmes; mais la Mecque,
qui n’interrompt ses relations avec lui à aucun
moment de 1 année, est, dit-on, une ville riche et
vaste, qui, outre de beaux monuments, possède de
grandes fabriques. A en croire certains récits, cette cité
n aurait pas moins qu’une population de trois cent
mille âmes; mais il ne faut pas du tout se fier au dire
des Arabes, et pas trop à celui de quelques Européens
qui, s’étant faits musulmans rien que pour aborder la
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