
avaient reconnu sa domination. 11 lui proposait, en
outre, une de ses filles en mariage, s’il voulait venir
dans sa tente, et lui rendre hommage. Aréa, peu confiant
dans la parole d’Oubié, n’avait accepté que la
première offre, et le cadeau qui venait d’arriver était le
gage de son acquiescement.
Je passai en effet quelques jours au camp, et je les
employai exclusivement à des travaux géographiques.
J’étais sur le point de partir, lorsque je reçus la visite
de deux hommes appartenant à Balgada Aréa, qui me
pressèrent vivement, de la part de leur maître, d’aller
visiter l’Enderta et le Ouodgérate, qu’ils me dirent
être les pays les plus curieux et les plus hospitaliers
de toute l’Abyssinie. Je n’avais pas besoin de ces instances
pour me décider à profiter d’une aussi belle
occasion, et je fis réponse aux deux envoyés que je
partais à l’instant pour me rendre à cette gracieuse
invitation.
J’allai, le jour même, prendre congé d’Oubié, qui
me fit cadeau de deux vaches, et le lendemain je quittai
le camp en me dirigeant à l’ouest, vers les plaines de
l’Haramat. Je vins m’arrêter dans un petit village
nommé Ouéléle. Mais l’on m’apprit là que les environs
étaient infestés par les bandes de Guébra Rafaël, ce
qui m’engagea à changer de route. Je résolus alors de
regagner la chaîne d’Agamé, et de prendre par les
hauts plateaux d’Atebidera, Ouomberta et Dessa, que
suivent ordinairement les marchands de sel pour se
rendre dans l’Enderta.
J’atteignis d’abord une rangée de hautes collines en
tables, composées de grès blanc avec filons de quartz.
Leurs flancs recèlent des cavités, véritables nids
d’aigle, où peuvent seuls atteindre les agiles Abyssins.
Si, par hasard, à travers la roche filtre un peu d’eau
douce, la caverne devient une excellente fortification,
et peut servir de refuge à quelque opprimé, ou de
repaire à un certain nombre de ces bandits qui font
métier de détrousser les passants, et de lever des
contributions forcées dans le voisinage. Je trouvai une
vallée étroite , qui a nom Sossoubé Gabia, c’est-à-dire
marché de Sossoubé ; et en y marchant pendant
quelque temps, j’arrivai au pied de la montagne sur laquelle
est bâtie Atebidera. Nous disposions notre campement
pour la nuit, lorsque nous fûmes accostés
par un homme qui avait été aussi un des valeureux
soldats de Cassaye. Celui-ci, après la chute de son
prince, avait tout à fait refusé de composer avec Oubié.
Il connaissait mon chasseur, et m’invita à venir
passer la nuit dans son village, et d’y accepter, -pour
notre souper, une vache et du miel. Bien que ces
avances me parussent cordialement faites, je consultai
mon monde sur le caractère et la réputation de cet
homme, et les avis ayant été favorables, j’acceptai,
dans l’espérance surtout d’obtenir de lui quelques
précieux renseignements sur le pays des Taltals, et
la portion du Tigré qui l’avoisine. Mon hôte s’appelait
le chalaka Chékoulabe : naguère tout le pays que
nous avions parcouru dans la journée lui appartenait
; maintenant, complètement dépouillé, et trop
faible pour donner la moindre inquiétude à Oubié,