
Puis il réunit ses soldats pour nous escorter jusqu’à
la rivière Ouéri, qui était infectée de pillards provenant
des bandes de Guebra Raphaël. Nous traversâmes
la rivière Tchammit et le village de Dabbague-
saye, situé au pied d’une montagne dont le sommet
s’élève en aiguille comme une obélisque d’Égypte. A
onze heures et demie, ayant passé le Ouéri, nous
primes congé de Guébra Sallassé, auquel nous fîmes
un léger cadeau ; nous gravîmes ensuite la chaîne du
bord opposé, et vînmes camper dans la plaine d’Hara-
mat. Nous étions alors sur les terres soumises à Bal-
gada Aréa, et nous n’avions plus rien à craindre
Bientôt nous arrivâmes au village de Sossoubé Gabia,
dontj’ai déjà parlé, et nous vîmes venir au-devant de nous
notre ami, le chalaka Chekoulabe, avec une nombreuse
escorte; il nous invita à partager un déjeuner qu’il avait
apporté avec lu i, et nous engagea à passer la nuit dans
la vallée; mais je voulus continuer ma route, et lui laissai
mes compagnons, qui étaient désireux de se reposer
: j ’avais hâte , en effet, d’arriver au camp de Bal-
gada Aréa. Je gravis la haute chaîne qui conduit àAte-
bidera, où j ’arrivai à six heuresdu soir ; c’est dans cette
ville que je trouvai l’armée d’Aréa campée, et lui-même
installé dans la maison du Dedjaz Gouangoul.
NOTES.
Note A.
Sur quelques mutilations pratiquées comme supplices en Abyssinie,
et observées à Adoua, capitale du Tigré, par le docteur
Antoine P etit, voyageur du Muséum d’histoire naturelle.
1839. Adoua, 7 décembre.
J’avais entendu parler déjà plusieurs fois des exécutions sanglantes
dont l’Abyssinie est fréquemment le théâtre; mais, jusqu’ici, je n’avais
pu m’assurer par moi-même de la vérité des récits qui m’avaient été
faits à cet égard. Une circonstance récente vient de me procurer l’occasion
de recueillir sur ce sujet quelques détails que je crois assez intéressants.
Dans ces exécutions, il faut le noter tout d’abord comme un fait bien
extraordinaire, vu le peu de soin avec lequel elles sont pratiquées, vu
surtout l’absence de médicaments après l’opération, il est bien rare de
compter des décès, et toutes ces malheureuses victimes survivent comme
par enchantement à des mutilations qui, chez nous, et avec nos moyens
perfectionnés de traitement, entraîneraient si souvent la mort.
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