
fut expliquée quelques jours après par une conversation
que j ’eus avec lui et que je vais rapporter ici.
Étant allés faire une exploration dans le district de
Chaâguené, nous passâmes, en revenant, près du camp
de Mariam Chaouito, et je profitai de l’occasion pour
aller saluer Oubié. 11 me reçut très-bien et m’invita à
manger d’une espèce de bouillie de farine de froment
qui est considérée ici comme un très-grand régal. A
la suite de ce déjeuner, m’adressant directement la
parole: «Quel est, me d it-il, le nom de ton roi? Son
armée est-elle nombreuse? A-t-il beaucoup de chevaux?
Est-ce dans ton pays qu’on fait les fusils et les
sabres? Si je me proclamais l’ami de ton roi, m’enverrait
il des fusils, comme l’a fait le roi des Anglais par
l’entremise de Coffin? » A toutes ces questions, je tâchai
de répondre convenablement. A la dernière je fis à
Oubié l’observation que les hommes étaient partout les
mêmes, et qu’en France, ainsi qu’en Abyssinie, on
donne un cadeau dans l’espérance d’en obtenir un
autre, ou un service équivalent; que je pensais bien
que les Anglais ne lui avaient pas donné des fusils
sans avoir un but qui ne pouvait être que de l’engager
à nouer avec eux des relations de commerce. J’ai l’assurance,
dis-je en finissant, quoique je n’ai pas mission
pour vous parler ainsi, que si vous offriez des avantages
à mon pays il vous enverrait non-seulement des
fusils, mais encore tous les autres objets que vous
pourriez désirer. Cette réponse parut satisfaire Oubié,
tout en lui donnant à réfléchir. Il m’engagea à boire de
l’hydromel et changea la conversation. En le quittant
j allai voir l’alakaHabeta Sallassé, et je rencontrai chez
lui un jeune homme qu’on me dit être fils d’Oubié. Il
me fit grand accueil, et se montra très-curieux de
savoir quelles étaient mes occupations en Abyssinie;
entre autres choses, il me demanda ce que je voyais
dans le ciel avec mes instruments, et si j’étais astrologue.
Je lui répondis qu’une pareille science n’était
qu une chimère, et qu’à l’égard des résultats que
j ’obtenais avec mes instruments il m’était impossible
de les expliquer de manière à me faire comprendre de
lui. Il n’en continua pas moins de me presser vivement
de questions, et j ’eusse été très-importuné de ce
fâcheux, si son indiscrétion n’eût servi à me confirmer
une nouvelle qui circulait déjà, quoique
entourée du plus grand mystère : il ne s’agissait de
rien moins que du projet formé par Oubié d’attaquer
Ras Ali. Le brave garçon, me.supposant devin, voulait
que je lui révélasse les éventualités de cette lutte.
Au lieu de m’en retourner directement à Adoua, je
poussai une pointé d’exploration dans le district de
Mezber, et vers le soir j’allai demander l’hospitalité
à la porte d’une chaumière. On me fournit immédiatement
feu et souper, et les pauvres propriétaires
firent leur possible pour m’être agréables; mais la
qualité de leur habitation s’y opposait formellement;
j ’étais à peine couché que la pluie se mit à tomber et
pénétra de tous côtés dans mon misérable taudis! Bientôt
ce fut un bain complet et j ’en eus autant par-dessous
que par-dessus; cependant la fatigue l’emporta,
et je ne tardai pas à m’endormir. Nous formions dans