
étaient assis à ses pieds, et plus de trois cents personnes
se pressaient dans la salle. La séance dura deux
heures, au bout desquelles les likaontes déclarèrent
que les accusés étaient coupables, et que la loi les
condamnait à avoir la main droite coupée. Alors l’empereur
se leva, et prononça un jugement conforme à ces
conclusions. Les condamnés furent emmenés pour
être exécutés sur-le-champ.
Le temps me presse dans ce moment-ci, je fais mes
préparatifs pour aller rejoindre Petit. Ma prochaine
lettre sera donc datée du Chiré ou du Semiène, et
t’en dira bien plus long. Dieu te garde d’ici là.
LETTRES DE M. A. P E T IT .
I.
Adoua, 25 février 1840.
Quelques jours après que tu m’as eu quitté, mon
cher Théophile, je me suis trouvé dans un isolement
absolu, car Dillon est aussi parti pour se rendre à
Gondar. Tant que nous étions restés ensemble, l’accord
qui régnait entre nous, l’amitié sincère qui nous
unissait, m’avaient fait presque oublier l’éloignement
de la mère patrie ; mais resté seul tout d’un coup, mon
esprit s’est comme affaissé sur lui-même, et pendant
quelques jours je ne pus me livrer à aucune occupation
sérieuse. Je songeai cependant que j ’allais être
chargé de poursuivre ici les résultats de notre expédition
, et cette idée suffit pour me tirer de l’abattement
où votre commun départ m’avait jeté. Je résolus,
pour me changer, d’aller faire une petite excursion
aux alentours de la rivière Ouéri : j ’en suis revenu plein
de coeur et de courage, et c’est de ce voyage que je
vais maintenant t’entretenir.
En prenant ma direction au sud du grand pic de
Damo Galila, j ’ai traversé le district d’Addi Kéré et
celui de Zungui, pour entrer dans un pays de Kolla.
C’est une contrée presque déserte et couverte de bois,
où les chefs de partis qui battent la campagne trouvent
un asile assuré et des embuscades faciles ; aussi,
lorsque nous en approchâmes, mes domestiques hésitèrent
à me suivre. J’employai alors le moyen héroïque
, la panacée des Abyssins, la promesse d’un
cadeau ; la cupidité l’emportant sur la peur, mes
hommes m’ont suivi et nous n’avons eu aucune mauvaise
rencontre. Parvenus, le lendemain de notre dépa
rt, au confluent de la rivière Ferasse Maye et du
Ouéri, j ’ai retrouvé, au milieu d’une végétation presque
identiquement semblable à celle du Sénégal, la
plupart des espèces zoologiques particulières à cette
contrée. Les couleurs étincelantes du colibri, du merle
aux reflets métalliques, rompaient agréablement l’aspect
uniforme et sec des kolkouals et des mimoses ; la
facilité avec laquelle ces oiseaux se laissaient approcher
témoignait de l’abandon dans lequel l’homme