
vaient d’autre abri que l’ombre des rochers; ils étaient
à peine vêtus. Nous voyions les femmes moudre quelques
poignées de grain entre deux pierres rondes ; et la
farine qu’elles en obtenaient , sans être tamisée, à peine
pétrie avec un peu d’eau saumâtre, était posée sur la
cendre chaude : ajoutez à cela un peu de se l, et vous
aurez toute la nourriture de ces pauvres gens. Ils
font cependant un petit commerce avec les caravanes,
auxquelles ils fournissent parfois un peu de bois en
échange de farine et d’autres comestibles. Il est rare
aussi qu’on ne leur fasse pas quelque aumône en passant.
Pendant les deux ou trois premiers jours de la
route, ces tribus appartiennent à la race blanche;
celles que l’on rencontre ensuite sont d’une race noire,
à traits réguliers et à cheveux non laineux, nommées
Hababdés.
Aux différentes haltes, on trouve des puits d’eau saumâtre;
il y a aussi un peu d’eau douce dans des trous de
rochers où elle est déposée par les pluies périodiques, ce
qui ne l’empêche pas d’être fort rare, attendu qu’on ne
compte guère, dans une année, plus de cinq ou six
orages, c’est-à-dire vingt-quatre heures de pluie par
an.
Ce manque d’eau se fait sentir à Cosseïr, où nous arrivâmes
le 14 avril, et nuit à la prospérité de cette ville ;
cependant sa population ne laisse pas de s’accroître, et
il est à désirer que les exactions de toute nature, si
ordinaires aux autorités turques, ne viennent pas l’arrêter
dans son développement. La position de ce port est
éminemment favorable au commerce; car, en y abordant,
au lieu d’aller jusqu’à Suez, les bâtiments
s’épargnent la partie la plus difficile de la mer
Rouge, celle qui est comprise entre le Ras-Mohamed et
l’Isthme. Ils trouvent en outre à Cosseïr, pour les retours,
l’espèce de marchandises la plus importante sur
les côtes d’Arabie, c’est-à-dire les céréales, qui viennent
abondamment et à bas prix de la haute Égypte.
Pendant le court séjour que nous fîmes à Cosseïr, je
rencontrai un astronome anglais, M. Coldcoat, qui arrivait
de l’Inde, et qui me fit la galanterie de me céder
son baromètre. Il était venu par une goélette qu’il renvoyait
à Djeddah: le patron nous offrit de nous recevoir
à son bord moyennant cinquante thalers, prix que nous
comptions donner à une barque arabe, et nous nous
empressâmes d’adhérer à ce marché.
Le 15, nous appareillâmes, mais le calme et la houle
qui avait suivi le vent d’est nous forcèrent à revenir àu
mouillage. Le vent ayant sauté au nord pendant la nuit,
nous quittâmes Cosseïr à la pointe du jour avec une
forte brise.
Le 49, vers m id i, nous nous trouvâmes engagés dans
les récifs qui bordent la côte d’Arabie. Ils sont tellement
rapprochés les uns des autres que la carte ne suffirait
pas à les faire éviter, si la couleur de l’eau q u i,
dans les hauts-fonds, est toujours d’un vert pomme,
n’en était un indice certain.
La terre fut bientôt signalée, et seulement alors nous
aperçûmes les montagnes de la Mecque, que l’on découvre
ordinairement de plus loin, mais qui, cejour-
là , étaient cachées derrière un rideau de vapeurs rou