
démonstrations de respect, et se mit immédiatement
en devoir de nous faire avoir une barque.
M. Fresnel, l’agent consulaire de France, vint à bord
saluer M. le consul général de Belgique, et profita de
l’occasion pour me présenter une lettre de change
de 200 thalers, tirée, par mes compagnons, sur
M. Chédufau, le chirurgien en chef de l’armée de
l’Hedjaz. J’en augurai que les 11,800 fr., apportés par
Angelo à son premier voyage, étaient épuisés, et que
mes compagnons avaient des finances embarrassées :
mon impatience de les rejoindre n’en devint que plus
vive. Cependant il me fallait rester encore quelques
jours à üjeddah.
Le surlendemain de notre arrivée, M. Blondel fut
pris d’une attaque de fièvre qui le décida à y prolonger
son séjour, etM. Dégoutin, qui avait subitement conçu
une estime incroyable pour le consul général, m’annonça
qu’il lui tiendrait compagnie, et ne continuerait
pas sa route avec nous.
La veille de mon départ, M. Fresnel me fit la proposition
de nous présenter au shérif de la Mecque,
qui avait pris tout récemment le commandement de
l’Hedjaz, en attendant qu’un gouverneur turc vînt le
partager avec lui. J’acceptai, et nous nous rendîmes au
palais du chef de la religion musulmane. Son accueil
fut des plus gracieux. M. Vignaud demanda et obtint la
permission de faire son portrait, chose qui, de la part
d’un musulman, eût été considérée comme un crime
avant les guerres de Méhémet Ali et les relations qui
s’en sont suivies avec les Européens.
Du reste, ce shérif paraissait être un fort habile
homme, et comprenait bien toute la délicatesse de sa
position, placé qu’il était entre les Européens dont il
lui fallait ménager l’esprit tracassier, Méhémet Ali
son protecteur, et enfin le grand sultan dont il dépendait
directement. Il avait encore un autre sujet d’inquiétude
dans les Arn aou tes, espèce de troupe indisciplinée
, qui n’avaient pas reçu leur paie depuis
longtemps, et dont il pouvait craindre à chaque instant
une révolte.
Le shérif ne laissa pas d’être réservé 'avec moi,
parce qu’il avait eu vent de mes démarches pour attirer
le commerce européen à Messoah. Croyant mes projets
plus favorisés qu’ils ne l’étaient effectivement par
la France, il craignait qu’ils ne devinssent nuisibles à
sa puissance sur la côte abyssine. 11 ne fit cependant
rien pour les entraver, et les lettres qu’il écrivit au
gouverneur de Messoah ne > me furent nullement
désavantageuses.
Dans cette entrevue, la conversation, étant devenue
générale, tomba sur la France et sur Napoléon. Le
shérif, qui se montrait enthousiaste de la gloire
de l’Empereur, nous exhiba quelques gravures grossièrement
enluminées de ses principales batailles, et
demanda qu’on lui donnât une explication de chacune.
M. Blondel, qui nous accompagnait, prit aussitôt
la parole avec quelque emphase, s’adressant à
M. Fresnel pour qu’il traduisît ses paroles au shérif.
A un certain moment, M. Fresnel, s’arrêtant court,
dit à M. Blondel : « En vérité, Monsieur, vos exprès