
de Rhodes , envoyés par la propagande, pour étendre
la mission de M. Sapéto, dont les succès avaient
éveillé la sollicitude de Rome. Le premier venait avec
le titre de préfet apostolique, et il apportait à M. Sapéto
sa nomination de vice-préfet. M. de Rhodes
était un médecin français, qui s’était attaché au collège
lazariste de Syrie, et que la congrégation envoyait
en Abyssinie pour seconder la mission religieuse.
Nous allâmes au-devant de ces Messieurs, qui firent
leur entrée à Adoua le 30 novembre. Partout sur leur
passage, ils avaient reçu un accueil empressé et respectueux,
grâce surtout à l’influence de l’alaka Kidona
Mariam, qui, ennemi juré des missions protestantes,
trouvait dans la haine qu’il leur portait un motif de
plus pour protéger de tout son pouvoir, et il était
grand, les missions catholiques. Nous résolûmes de
profiter de la présence de ces Messieurs pour leur faire
signer la lettre qu’Oubié destinait au roi des Français,
afin de lui donner par là plus d’authenticité : ils y
souscrivirent très-volontiers. Il ne restait donc plus
qu’à faire cette lettre. L’alaka Habeta Sallassé fut chargé
de la rédaction, et M. Sapéto voulut bien consentir à
nous la traduire en français.
Tout étant ainsi préparé, Oubié me donna une dernière
audience pour me remettre la lettre et les présents
destinés à Sa Majesté Louis-Philippe. Ils se composaient
de, deux tuniques du,pays, d’une selle ornée
de broderies, d’une lance, et d’un bouclier.
Ce fut alors qu’il me parla pour la première fois de
l’intention où il était de donner plus de poids à sa démarche,
en m’adjoignant deux ambassadeurs : il désigna
pour cette mission l’alaka Ouelda Kidane et le
chalaka Thaïm. Il me proposa aussi d’emmener mon
drogman, le jeune Gabrioud, celui que j avais amené
du Caire. Ce garçon, d’une rare intelligence, avait
capté à un tel point la confiance et l’affection d’Oubié,
qu’au retour de notre voyage, il n était emploi ni dignité
si haute dans son pays auquel il ne pût prétendre.
—J’accédai très-volontiers au désir d Oubié; car outre,
comme il l’entendait, que ma mission en devenait
pour ainsi dire plus officielle, j ’éprouvais un certain
plaisir à montrer a nos Abyssins les merveilles de la
civilisation française, certain d’ailleurs que, s’ils revenaient
dans leur pays, leurs récits seraient pour
leurs compatriotes un plus fort stimulant que toutes
les tentatives directes d’amélioration qu’on pourrait
faire.
Cependant, comme d’un autre côté je ne voulais pas
augmenter les difficultés, dans un voyage qui en présentait
déjà assez, je résolus de borner là le personnel
de ma mission; car je prévoyais bien que je serais
accablé de sollicitations. Cela ne manqua point. Aussitôt
que je fus de retour à Adoua, et que le bruit de
mon prochain départ se fut répandu, je vis venir à moi
quantité de gens qui tous avaient d’excellentes raisons
de voyager, et tenaient à me prouver que j’en devais
avoir d’aussi bonnes pour les prendre. Je tins ferme,
néanmoins. Un entre autres, un nommé Adgo, y mit
une persistance bien remarquable. Il avait voyagé sur
un bâtiment de l’Ile-de-France, et parlait un peu de