
L’arme de l’aboune est l’excommunication,
mais elle est aujourd’hui sans force , à cause de
l’abus qui en a été fait. Un jour que l’abouna
Salama avait écrit à un chef de piller mes bagages,
et de me faire quitter le pays, celui-ci vint me
montrer la lettre revêtue du sceau épiscopal, en
me disant qu’il méprisait un pareil ordre, bien
qu’il lui fût enjoint sous peine d’excommunication.
J’ajouterai que ce n’était pas manque de
foi de la part de ce chef q u i, dans une autre
circonstance où il avait grand intérêt à affronter
la colère du clergé, n’avait pas osé le faire ; mais
ici il jugea que l’évêque avait méconnu sa mission
, et qu’en pareil cas les foudres de l’épi-
scopat ne pouvaient l’atteindre.
On peut juger, d’après tout ce que nous venons
de dire, si le pouvoir de l’aboune est restreint ;
il n’a, en effet, directement sous ses ordres que
le corps des prêtres, qui est sans puissance, parce
qu’il est pauvre et généralement peu adonné à
l’intrigue.
Presque sur la même ligne que l’aboune se
trouve Y etchégué, destiné en quelque sorte à le
surveiller. Celui-ci est un prêtre non marié, ne
pouvant conférer les ordres, mais ayant le droit
d’excommunication. L’etchégué réside toujours à
Gondar, et l’enceinte de son quartier est inviolable
et lieu d’asile. Autrefois il avait droit à un
tiers sur le produit de l’impôt; ce revenu est réduit
aujourd’hui à celui d’un certain nombre de
propriétés dans l’Amarah et le Tigré.
Pour plusieurs raisons le pouvoir de l’etchégué
est moins limité que celui de l’aboune ; il a d’abord
sur lui l’avantage incontestable d’être un
prêtre national, et comme tel, par les garanties
que donne l’élection, de posséder l’entière confiance
du clergé et du peuple. Il est ensuite à la
tête des couvents et commande aux debteras, les
gens les plus instruits, les plus intelligents et les
plus influents de l’Abyssinie.
Ces debteras remplissent dans les églises les
fonctions de chantres , mais, quoique considérés '
comme faisant partie du clergé, ils n’en sont pas
moins laïques. Ils sont obligés de connaître l’histoire
sacrée. Leurs études se font dans plusieurs
villes désignées, comme Gondar, Axoum, Debra-
Libanos, Lalibela : après avoir subi un examen
ils reçoivent un diplôme qui leur donne droit à
une portion de terre dans la circonscription du
chapitre où ils servent, ainsi qu’à un certain
nombre de mesures de grains sur les revenus de
l’église. C’est parmi eux qu’on choisit les alakas
ou intendants chargés de percevoir ces revenus.
Dès lors ils ont la haute main ; ils paient aux prêtres
leurs honoraires, et dirigent toutes les cérémonies.