
1 on en fait des boulettes que l’on mange sans autre
apprêt ;
Un sac de farine de pois et de fèves, mêlée avec de
la poudre de poivre rouge et de poivre noir ;
Du beurre ;
Du miel ;
Une gourde de sauce au piment;
Enfin de la viande en poudre.
Pour préparer cette viande, on la taille d’abord en
filets extrêmement minces, que l’on fait sécher jusqu’à
ce qu’ils soient durs comme dubois; puis ou les pile
dans un mortier, avec du poivre noir, du poivre rouge,
un peu de cannelle et de girofle. Toute la viande d’un
boeuf, ainsi réduite, fait à peine la charge d’un homme.
Quand on veut la manger, on en fait bouillir une pincée
ou deux dans de l’eau, et on y ajoute du beurre : bientôt
le tout gonfle, s’épaissit, et forme une espèce de
bouillie d’un goût assez agréable, et qui est cent fois
préférable à celui de toutes les viandes salées que l’on
embarque à bord des bâtiments.
Je fis prévenir de mon départ mes amis abyssins, et
tous vinrent aussitôt me rendre visite pour me souhaiter
un bon voyage. Il est d’usage d’en agir de même à
l’époque du retour, et les amis envoient alors des provisions
pour le jour de l’arrivée, l’un de l’hydromel,
l’autre du pain, etc. Quand on a beaucoup d’amis, on
peut ainsi monter sa maison pour quinze jours.
Nous partîmes d’Àdoua le 5 octobre à sept heures
du matin. Nous prîmes le chemin d’Entitcho par la vallée
de Memessa, et fîmes notre première halte auprès du
puits de Mégara Tsameri, au pied de la montagne qui
clôt la vallée. De là remontant le plateau de Guendepta,
et laissant derrière nous le mont Semayata, nous descendîmes
de l’autre côté dans la vallée de Maye Kerba-
har, et vînmes le soir coucher à Addi Kràsse.
Il était sept heures du matin quand nous nous remîmes
en marche à travers un pays de plaines sillonné
par plusieurs ruisseaux, dont le principal sort de la
montagne de Guendepta. A midi, nous atteignîmes les
premières collines du district d’Entitcho. Nous nous
arrêtâmes dans ce village, et je passai une partie de
la nuit à faire des observations astronomiques. Le soir,
Schaffner avait été pris d’une grande faiblesse qui
ne lui permettait pas de continuer le voyage. Je demandai
pour lui l’hospitalité à MM. Féret et Galinier,
qui avaient leur habitation tout près de là. Ces messieurs
l’accueillirent avec tout le bon vouloir qu’on
se doit réciproquement entre compatriotes, et il me
quitta sans manifester le moindre abattement. Je ne
crus donc pas devoir m’arrêter plus longtemps, et dès
le lendemain je continuai ma route.
Pendant deux heures je longeai la crête des montagnes
d’Entitcho, qui se relient à celles de Darha et de
l’Amba Saneyti, et forment, avec celles de Debra Damo,
un riche bassin, qui comprend les districts de Seriro et
de Béezet. Après avoir descendu le versant oriental de la
montagne d’Entitcho, j ’entrai d’abord dans la prairie de
Seriro, que traverse un ruisseau appelé Gabata ; je montai
ensuite par un petit gradin au pays de Béezet, et
passai la nuit dans le village de ce nom, situé au pied