
fronde, lançait des pierres aux oiseaux, et en atteignait
quelques-uns. Cette coutume est générale, et
elle est surtout préservatrice contre les nombreuses
bandes de singes, qui sont très-friands de toutes les
graminées.
Nous suivions toujours la même direction, et
comme elle coupait celle d’à peu près toutes les vallées,
nous étions exposés à des alternatives de montées
et de descentes très - fatigantes ; aussi fûmes-
nous ravis de voir se dérouler devant nous la longue
plaine d’Eguerzobo. Nous campâmes vers les cinq
heures du soir auprès du village du même nom, de
l’autre côté de la montagne, ou plutôt de l’énorme bloc
de roches au pied duquel il est bâti. L’eau étant fort
rare, nous fûmes obligés, ',pour faire boire nos bêtes, de
les envoyer une demi-lieue en avant, à une source qui
jaillit du creux d’un rocher. Comme pour nous dédommager
de cette pénurie, il tomba le soir une pluie
de déluge, et nous ne pûmes garantir nos collections
qu’en les enveloppant soigneusement de cuirs.
La vallée d’Eguerzobo est assez bien cultivée. Elle
produit du blé, des pois, des fèves, et on y trouve
une grande quantité d’arbres saponaires. Elle tourne
à gauche et continue d’être étroite pendant quelque
temps, après quoi elle s’élargit et se ramifie en trois
branches, qui donnent lieu à trois routes : une à droite
conduit à Halaye, celle de gauche au pays de Goura,
et celle du milieu à Dixan. Nous nous enfonçâmes dans
celle-ci, marchant pendant longtemps dans un chemin
resserré, bordé de mimosés, où nous ne voyions aucune
trace de végétation herbacée. Nous arrivâmes enfin
en vue du village de Hava, juché sur une colline rocailleuse
et escarpée. Après avoir fait reposer pendant
quelques instants nos mules, nous montâmes à l’escalade
par un chemin que semblait encore rendre plus
étroit et plus roide une chaleur de 30°. Mais arrivés
au sommet, nous fûmes rafraîchis par une légère
brise, et plus encore par le lait et la bière que nous
octroyèrent généreusement les habitants. Nous ne les
quittâmes pas sans leur faire un cadeau. Notre étape
suivante nous conduisit au village d’Assine, qui est
assez considérable et domine un pays très-fertile. De
là nous apercevions le pays de Goura dans une riche
plaine qui s’étendait jusqu’aux montagnes de VAmas-
cène, à l’ouest, et limitait au sud une vallée déserte
raversée par le Mareb. C’est auprès d’Assine que je
vis pour la première fois des amandiers sauvages.
Nous nous trouvions alors dans une contrée où il
est urgent de veiller aux bagages avec les plus grands
soins, car la population rapace des Chohos s’y est intercalée.
A la halte suivante, nous eu vîmes venir à
nous quelques-uns pour nous vendre du miel et du
lait : ils voulurent nous faire payer vingt livres de
miel environ un thaler, ce qui est en Abyssinie un
prix vraiment exorbitant. Ce jour-là, vers les deux
heures, nous vîmes venir à notre rencontre M. Coffin,
le compagnon de Pearce. On sait que ces deux Anglais,
venus à la suite de M. Sait , en 1809, s’étaient
établis dans le pays. M. Pearce, qui joue un certain
rôle dans la relation de M. Sait, était mort depuis