
tirant un oiseau sur un arbre, un enfant qui était assis
au pied, et lui envoya quelques grains de plomb dans
la figure. L’enfant tomba tout sanglant, en poussant
de hauts cris, et toute la population survint aussitôt,
vociférant contre notre chasseur. Il n’en aurait certes
pas été quitte à bon marché, malgré que son fusil tînt
en respect les plus échauffés, si je n’eusse été prévenu
à temps. J’accourus et lui fis sur-le-champ abandonner
son arme; je l’engageai également à se laisser conduire
par les parents de l’enfant blessé chez un chef de nos
amis, qui fut choisi pour être juge dans cette cause.
Suivant les lois, Schaffner devait être enchaîné avec un
serviteur du plus proche parent de l’enfant, jusqu’à
ce que la sentence fût prononcée; et voici sur quelles
règles elle serait rendue - dans le cas où 1. enfant succomberait,
le meurtrier devait mourir s’il l’avait été
volontairement, ou payer une forte somme, le prix du
saim, s’il l’avait été involontairement. Dans le cas de
<mérison, il n’avait à payer que des dommages-intérêts-
Cependant, à ma considération, et parce que l’enfant
n’était que légèrement blesse, on se départit de la coutume
en faveur de Schaffner, et on consentit a attacher
à sa place un de nos domestiques, qui répondrait
corps pour corps de la vie du blesse. Il fallait un
homme dévoué pour se prêter à une pareille caution;
ce fut encore ce bon Nabiou , le serviteur de M. Petit,
qui s’offrit de lui-même. Fort heureusement il n’y avait
pas grand danger, car M. Petit vint visiter l’enfant,
et assura qu’il serait guéri avant peu. En effet, le
surlendemain il allait très-bien et ne pouvait plus
donner aucune crainte. Nous en fûmes donc quittes
pour quelques thaï ers.
A peine sorti de cet embarras, Schaffner tomba malade
de la dyssenterie. Nous en fûmes sincèrement
affectés, car c’était le plus honnête garçon du monde,
laborieux, plein de ressources, et persévérant. Malgré le
peu de succès de ses fusées de guerre, Oubié, habile à
distinguer le mérite, se l’était attaché ; il lui avait commandé
de la poudre, en lui donnant une mule et lui
promettant, s’il réussissait, le revenu d’un petit territoire.
Avant d’être confinés à Adoua pour trois mois, je fis
quelques excursions dans les environs, entre autres dans
le pays d’Enzate, un des plus riches du Tigré, et dans
le district de Nadir qui avoisine les bords du Ouéri ;
ce dernier est tout en basses te rre s, et sa principale
production est le miel ; on y trouve aussi un grand
nombre de gommiers. Sa population, qui peut au
besoin trouver un abri dans les bois qui bordent le
fleuve, est d’un caractère assez indépendant, et, en
raison de cette circonstance, ne paie pas souvent
l’impôt.
Je fus de retour à Adoua le 2 juillet. Déjà les pluies
étaient régulières et duraient journellement deux ou
trois heures, à partir de une heure de l’après-midi. Je
parle ici seulement d’Adoua, car dans d’autres localités
les pluies sont bien plus abondantes. Néanmoins
cette année était sèche, et probablement les crues du
Nil étaient faibles; car nous avons remarqué que ces
crues sont proportionnées à la quantité d’eau qui