
Ambazareb, nous tournâmes à gauche et vînmes nous
arrêter dans un village voisin, en exprimant l’intention
d’y coucher. Là notre homme nous quitta pour se
diriger vers Koudofelassi, la ville la plus importanté
de la localité. Nous repartîmes aussitôt, et ne nous arrêtâmes
qu’au village d’Addi Adib. A partir de ce village
nous traversâmes la prairie de Beit Mariam pour èntrer
dans le désert qui précède AddiLegasse. Nous ne tardâmes
pas à y voir la confirmation de nos soupçons de
la veille. Une cinquantaine de Chohos, dont quelques
cavaliers, étaient à notre poursuite ; ils vinrent jusqu à
portée de fusil de nous , mais n’osèrent pas nous attaquer.
Nous allongeâmes le pas, et passant rapidement
auprès des villages Anadera, Adde Kaoué, Adde
Kasmo, nous ne ralentîmes notre allure qu’aux approches
d’Addi Legasse. '
Au moment d’entrer dans l’enceinte d’une cour qui
nous avait été donnée par un des habitants pour y
planter notre tente et y décharger nos bagages, nous
vîmes sortir d’un grand hangar une troupe de cavaliers
qui s’élancèrent au galop et que nous eûmes bientôt
perdus de vue. Ce hangar avait déjà attiré notre attention
par le bruit insolite qui s’y faisait; c’étaient des
chants, des cris joyeux de fête : on nous dit qu’on y
célébrait une noce. Des gens à pied, armés de lances et
de boucliers succédèrent aux cavaliers ; mais, plus curieux,
ils vinrent se rassembler en grand nombre autour
de nous ; et comme ils ne se gênaient pas dans leurs
discours, ne supposant pas que nous connussions leur
langage , nous comprîmes que notre position allait
devenir critique, et qu’il nous serait difficile de partir
le lendemain. Tous nos effets leur paraissaient précieux,
et nous les entendîmes agiter la question de
savoir s’il ne convenait pas de nous dévaliser sur-le-
champ. Les cavaliers repassèrent quelque temps après,
de retour des jeux auxquels ils étaient allés se livrer
dans la plaine, au bas du village. Cette fois ils nous ac-^
cordèrent une attention sérieuse : tous s’arrêtèrent à
nous considérer. Ils rentrèrent néanmoins dans la salle
de noce poury continuer leur festin; mais nous apprîmes
que l’amour de notre bien ne les préoccupait pas
moins que les piétons, et nous ne dûmes probablement
notrç tranquillité pour ce jour-là, qu’à la Concurrence
des uns et des autres : chacun pensait qu’il
serait facile de nous rattraper le lendemain dans notre
route , ce qui aurait l’avantage de diminuer le nombre
des ayants part au butin.
Les principaux citoyens envoyèrent à cet effet des
émissaires dans les villages voisins, près desquels nous
devions passer. Malgré cette disposition hostile, on ne
laissa pas de nous fournir à souper, et nos domestiques
allèrent se mêler au gala de la noce.
Le lendemain, profitant de ce que tout le monde
dormait encore, fatigué de la veille, nous fîmes
charger les mules au plus vite et délogeâmes sans bruit.
Aucun accident ne vint nous troubler jusqu’à Addi
Hoala ; nous passions à côté de ce village sans tourner
la tête, très-peu soucieux d’y faire halte, lorsqu’une
troupe d’hommes armés nous accosta et nous enjoignit
de nous arrêter et d’attendre que le chef de la