
meure du chalaka Aïlo, un de ceux qui étaient
venus me trouver au camp d’Oubié. J’avais présumé
que mes domestiques seraient descendus chez lui, et
je ne m’étais pas trompé, car ce fut un d’eux qui
vint m’ouvrir la porte. Le maître de la maison me fit
grand accueil. Je lui dis que je n’espérais pas le rencontrer,
sachant son maître en expédition, et que c’était
la raison pour laquelle j ’avais envoyé mon chasseur
au camp. Je lui proposai donc de s’y rendre le lendemain
avec moi, ce à quoi il consentit. Nous sortîmes
d’Antalo et gagnâmes la rivière Bouillié, qui est
limitrophe des deux provinces d’Enderta et de Ouod-
gérate. Nous commencions à gravir les deux premières
collines de cette province, lorsque nous vîmes courir
après nous, sur la route même que nous suivions, un
cavalier. C’était un envoyé de Balgada Aréa qui avait
ordre de me conduire à son camp, et qui , ne m’ayant
trouvé ni à Afgole ni à Antalo, s’était dirigé d’après
les renseignements qu’il avait pris dans cette dernière
ville. Après ces explications, il fit route avec
nous-
Nous nous arrêtâmes à Addi Rake ; de là nous entrâmes
dans la vallée d’Atsemorène, qui se resserrait à
mesure que nous avancions. Elle était bordée de montagnes
fort élevées, et de l’une d’elles, à notre gauche
, sortait la rivière Guerebdekdek, dont les bords
frais et ombrageux nous engagèrent à un repos de quelques
heures. Nous vîmes passer une caravane de Gal-
las musulmans qui se rendaient en pèlerinage à la
Mecque ; ils avaient avec eux des chameaux , ce qui me
fit d’abord supposer qu’ils ne venaient pas de très-loin;
mais les ayant interrogés, ils me dirent qu’ils étaient
à leur vingtième jour de marche, et qu’un piéton aurait
pu faire leur route en dix jours. Ils venaient de la
frontière du Choa, d’un pays nommé Ouaré Kallo.
L’un d’eux se dit du pays d’Argoudi ; il parlait quelque
peu arabe; les autres s’exprimaient parfaitement en
amaréen.
Nous nous remîmes en route en continuant pendant
un certain temps à remonter la vallée ; puis nous gravîmes
les montagnes qui la bordaient à l’est, e t, arrivés
à leur sommet, nous vîmes, comme une continuation
de la chaîne, une immense roche de grès qui s’élevait en
forme de trapèze, et ressemblait à une forteresse.
C’était là le but de notre course. Nous passâmes la première
barrière, qui était gardée par plusieurs sentinelles
armées de fusils; l’une d’elles alla prévenir de notre
arrivée, et on m’engagea à retirer mes chaussures pour
pouvoir monter à la partie supérieure, où était le chef.
J’avoue que je ne fus pas à mon aise durant cette ascension
, où je n ’avais pour toute voie qu’un petit relief de
la roche, incliné de trente degrés. Je m’armai cependant
de résolution, et j ’accomplis mon escalade avec une
fièvre de précipitation qui me valut un succès merveilleux,
ce qui ne m’empêcha pas d’être très-inquiet
de la manière dont je pourrais descendre. J’arrivai
gaiement chez mon nouvel hôte, qui se leva immédiatement
de son alga, et vintà ma rencontre, lime prit par
la main et me fit asseoir auprès de lu i, puis il s’écria
bien haut: «Qu’on égorge un boeuf; apportez du brondo