
ville sainte, doivent avoir nécessairement l’esprit tourné
au merveilleux. Néanmoins plusieurs circonstances
expliquent la prospérité de la Mecque : sa sainteté d’abord,
qui convie périodiquement dans son sein tous les
riches musulmans de la terre, et y fixe un grand nombre
d’entre eux, et ensuite sa position au pied des premières
montagnes du plateau à portée de la ville de
Taïfa, célèbre par labeautéet lafraîcheur de sesjardins.
Il n’y a donc pas à douter que la Mecque ne soitune ville
bien faite pour piquer la curiosité d’un Européen; mais
le seul prix auquel il peut la satisfaire est loin d’être
aussi tentant. Le chemin qui y mène de Djeddah est à
peu près plat, et serait facilement rendu praticable aux
carrosses ; mais l’impulsion civilisatrice imprimée par
Méhémet Ali n’a pu mener les Arabes jusque-là, et le
voyage se fait encore à dos de mulet ou de chameau.
C’est du reste un spectacle des plus saisissants
que de voir se dérouler dans la route cette longue file de
pèlerins, avec mille costumes divers, à couleurs vives
et tranchantes, que relève encore l’aspect uniforme,
triste et jaunâtre d’un terrain dépouillé de toute végétation
; ce tableau offert chaque jour à la vue d’un Européen
confiné à Djeddah, le fait soupirer à l’idée de
ce qu’il promettrait pour la Mecque ; et son désir s’accroît
naturellement de la sévère interdiction qui pèse
sur sa curiosité.
Les bâtiments anglais qui viennent de l’Inde transportent
à très-bas prix un grand nombre de pèlerins,
dont ils exigent ensuite, pour le retour, des sommes
considérables; ceux qui se trouvent alors dans l’impossibilité
de payer, sont forcés de s’installer à Djeddah. Les
plus industrieux, à défaut de maison, se construisent
des huttes en jonc dans un quartier qui leur est assigné;
les autres couchent à la belle étoile, sur les pierres
avancées qui servent à l’étalagé dans toutes les boutiques
d Orient. Quant à l’existence de ces malheureux,
la Providence, qui en prend seule le soin, pourrait
seule en rendre compte. Si cette façon d’agir des Anglaise
est pas parfaitement conforme aux lois de l’humanité,
elle a l’avantage de débarrasser l’Inde d’une
foule de mendiants.
Bien que les trois mois du pèlerinage soient pour
Djeddah ceux des plus grandes transactions commerciales,
lés affaires ne laissent pas d’y être très-actives
pendant le reste de l’année. A l’époque où nous arrivâmes
dans cette ville, Méhémet Ali venait d’achever
la conquête de l’Arabie, et son premier soin avait
été, comme tout vainqueur, de faire payer les frais de
la guerre aux vaincus; mais encore dans la manière de
frapper cette contribution, le pacha d’Égypte montra-
t-il le discernement et la grandeur de vues qui l’ont
toujours distingué. En prenant, ainsi qu’il l’avait fait,
le monopole de certains commerces, et notamment
celui du café, il rachetait, et de beaucoup, l’inconvénient
de léser assez vivement quelques intérêts
particuliers, par l’avantage politique de diriger les
principales branches des échanges dans la voie qu’il
lui conviendrait; il faut avouer, à ce dernier égard,
que ses desseins ne méritaient que des éloges. Faire
écouler les produits de l’Arabie par l’Égypte, c’était