
tendre jusqu’à ce qu’il me vînt une réponse, et j ’espérais
, dans cet intervalle, avoir quelques nouvelles
de mes compagnons.
On ne saurait s’imaginer avec quelle impatience fébrile
, quelle terreur croissante je vis une semaine
s’écouler sans que rien vînt fixer mes incertitudes;
c’est en vain que tout le monde essayait de me rassure
r; depuis longtemps, depuis l’époque où j’avais
cessé de recevoir leurs lettres, j ’étais frappé de l’idée
qu’un grand malheur avait frappé mes amis. Le huitième
jour, une lettre m’arriva de mon messager, qui
m’annonçait qu’Oubié était enchanté de mon retour,
et que le meilleur accueil m’était préparé. 11 m’apprenait
en outre que trente mules me seraient envoyées
pour mes bagages, et que deux chefs militaires avaient
reçu la mission de m’escorter de Dixan à Adoua.
Telle est l’humeur de l’homme : lorsque son esprit
est assiégé d’inquiétudes, le moindre soulagement le
relève, et il réagit contre les pensées pénibles qui
lui restent. Quoique cette lettre de mon messager
ne m’apprît rien de mes compagnons, la nouvelle des
bonnes dispositions d’Oubié ne laissa pas de me faire
un grand plaisir; pour la première fois, depuis que
j ’étais à Messoah, je me cramponnai fortement à l’espérance
que mes amis étaient sains et saufs. Je fis
alors en toute bâte mes préparatifs pour le départ, et
jamais de ma vie je n’avais été si joyeux que le jour
où je reçus une lettre de M. Galinier qui me disait
que Dillon était mort et Petit expirant.
Je demeurai anéanti , et je tombai d’abord dans un
de ces découragements profonds, sous l’empire desquels
l’âme s’affaisse. Mais un de mes amis vivait encore,
et cette idée suffit pour me rendre toute mon énergie.
La lettre de M. Galinier ne me donnait d’ailleurs
aucun détail; elle m’apprenait seulement que Petit
était dans la plaine de Belasse. Après avoir donné
quelques instructions à M. Vignaud, qui voulut bien
se charger de la surveillance de nos bagages et les
conduire à petites journées jusqu’à Adoua, je pris un
seul domestique et me mis en route, sans m’arrêter ni
jour ni nuit, que pour prendre mes repas, et six jours
après j ’étais auprès de mon malheureux ami.