
dai. Comme nous étions dans la saison sèche, je
laissai chez lui mes bagages et mes mules de charge
avec mes deux domestiques pour les garder; puis, je
me dirigeai vers Kaïkor, la dernière ville chrétienne de
cette frontière. Chemin faisant, je rencontrai le Deb-
tera Sahalo, l’un de nos gens, qui m’apportait une
lettre du docteur Petit ; son guide était chrétien ;
il m’engagea à le prendre et à laisser s’en retourner
le mien, qui était de religion mulsumane, et në
savait pas la langue éthiopienne. Je suivis ce conseil,
mais avant de renvoyer mon Choho, je lui offris la
somme dont nous étions convenus : à mon grand étonnement
, il refusa, disant que Mahomet défendait
d’accepter l’argent qui n’avait pas été gagné. S’il
çn est ainsi, pensai-je en moi-même, sur ce point-là
les Abyssins ne sont pas des Turcs. J’eus grand’peine
à faire accepter quelque chose à cet honnête garçon.
La plaine d’Eguela Goura se continue jusqu’à petite
distance de Kaïkor; elle se termine alors par une pente
rapide qui mène à un autre gradin, où se trouve un village
peuplé de gens qui font le métier de guides entre
cet endroit et la mer. Ils font cette route de trois
jours de marche pour un quart de thaler quand ils
conduisent quelqu’ün de pauvre ; ils prennent davantage
aux marchands et surtout aux caravanes, quelquefois
jusqu’à cinq thalers; mais leur plus grand bénéfice
provient de la vente de farine , beurre et autres comestibles
à l’usage des voyageurs. Ce sont des gens
probes et courageux, auxquels on peut se confier,
quelles que soient les richesses dont on est porteur;
aussi, l'intervalle entre le plateau éthiopien et Kaïkor
est peut-être l’endroit le plus sûr de ? Abyssinie pour
les marchands.
Nous allâmes, passer la nuit dans la maison de notre
guide, et le lendemain nous quittâmes Kaïkor en
faisant route au nord-est, à travers une plaine boisée,
peuplée d’un grand nombre de gazelles et de pintades.
Une hyène passa à côté de nous sans plus se déranger
que ne l’aurait fait un chien domestique. Nous descendîmes
ensuite vers un autre gradin : quoique la pente
fût rapide et le chemin encombré de quartiers de
roches, nous y vîmes de nombreuses fientes d’éléphant.
Au has de la descente commence une vallée
étroite; un ruisseau frais et ombragé coule dans toute
sa longueur, et de nombreux troupeaux paissent dans
l’herbe grasse entretenue par la fraîcheur de l’eau.
Quelques tribus de Chohos ont élevé çà et là leurs
cahuttes. Au milieu de ce gazon, un bouquet d’arbres
projette son ombre gracieuse.
C’est là , aü pied d’un.vaste sycomore, que s’arrêtent
ordinairement les caravanes pendant la chaleur
du jour. Cet endroit s’appelle Ayederesso. Après nous
y être reposés quelques instants, nous suivîmes pendant
environ deux heures la vallée, dont la direction
est nord et sud ; puis nous traversâmes la chaîne qui
la borde à l’e s t, et nous redescendîmes dans une autre
vallée plus basse qui court nord-nord-ouest. Un autre
ruisseau y coulait aussi, avec un peu de gazon sur ses
bords ; nous nous y arrêtâmes pour passer la nuit. Il
était environ quatre heures; nous profitâmes du peu